Mis en ligne le 26/06/2012
Climat des affaires : l'analyse économique du 28 juin

Le moral des patrons est retombé en juin à son niveau du début de l'année au moment où Laurence Parisot, la patronne des patrons tire la sonnette d’alarme sur la dégradation violente de l’économie française depuis quelques semaines. La Banque de France enfonce le clou : « Après un début d’année atone, l’activité française devrait reculer de 0,1 % au printemps ». Si cette prévision se concrétise, il s’agirait du premier trimestre de contraction de l’économie depuis que la France est sortie de récession au printemps 2009.
Carnets de commandes dans l’industrie (Source : Insee)

Le ralentissement du commerce mondial et l’attentisme des Français ont déjà des conséquences sur l’activité industrielle en France. Les chefs d’entreprise interrogés par l’Insee jugent leurs carnets de commandes trop peu étoffés. Pour certains secteurs, ils atteignent même des niveaux historiquement bas, avertit l’Insee dans sa dernière enquête.
Pour les prochains mois
Les industriels interrogés par l’Institut statistiques prévoient un nouveau ralentissement après l’été. A la lecture de l’enquête, aucun secteur n’échappera au freinage.
Dans l'automobile, les industries agroalimentaires et les équipements électriques, électroniques, informatiques, les chefs d’entreprise tablent déjà sur une baisse de leurs commandes avant l’automne. Seule exception : la pharmacie où l’activité devrait rester soutenue.
Pour les PME
Les sous-traitants, pourraient pâtir de la baisse du niveau d’activité de leurs donneurs d’ordre. Par ricochet, le secteur des services aux entreprises pourrait freiner lui aussi.
Compétitivité des entreprises françaises (Source : COE-Rexecode)

Depuis un peu plus de dix ans, la part des exportations françaises dans le total des exportations mondiales est tombée de 5,7 % à 3,3 % selon les calculs de COE-Rexecode. En zone euro, elle est passée de 16,8 % à 12,6 %. La perte de compétitivité se traduit par une contraction de l’activité industrielle. Le résultat brut d’exploitation du secteur secondaire en France ne représente plus que 12 % du PIB contre 18 % en 2000.
Origine des contre-performances française
Selon Destatis (office fédéral allemand de statistiques), entre 2001 et 2011, le coût du travail a progressé de 39,2 % soit plus du double qu’en Allemagne (19,4 %). A cela s’ajoute un manque de compétitivité hors prix, même si elle a un peu progressé, globalement la perception du rapport qualité-prix des produits français reste insuffisante par manque d’investissements et d’innovations, toujours d’après le COE-Rexecode.
Pour les PME
Les petites et moyennes entreprises représentent moins de 18 % du chiffre d’affaires réalisé à l’international par la France, contre 39 % pour les sociétés de plus de 1 000 salariés. La culture entrepreneuriale française n’incite pas les PME à se tourner spontanément vers l'export, contrairement à l'Allemagne et à l'Italie. Mais les nouvelles mesures allant de l'amélioration de l'accompagnement des entreprises sous toute forme, à l'encouragement des partenariats entre les grands groupes et les PME sont des leviers à la conquête de nouveaux marchés étrangers.
Crédit aux entreprises (Source : Banque de France)

Les encours de crédits mobilisés par les PME, ont progressé de 2,8 % en avril sur un an après un bond de 3,4 % en mars et 4,4 % en février d’après les statistiques de la Banque de France. Fin mars, les petites et moyennes entreprises hors entreprises intermédiaires et hors activités immobilières, disposaient de 212 milliards d’euros d’encours de financements bancaires dont 185 milliards ont été utilisés et 41 milliards sont constitués de crédits à moins d’un an.
Alors que le crédit progresse moins vite, les banques se montrent plus exigeantes. Car la nouvelle réglementation dite Bâle III les oblige à augmenter leurs fonds propres
Selon la dernière édition du baromètre sur le financement et l'accès au crédit des PME réalisé par l'Ifop pour le cabinet KPMG et le syndicat patronal CGPME, 73% des patrons de PME constatent un durcissement des conditions de financement des banques (contre 68% sur la période précédente) alors que leurs besoins de financement ont augmenté pour soutenir leur développement et leur trésorerie. Plus du tiers (68%) des PME ont au moins un besoin de financement (contre 60% en mars), mais 30% estiment que la situation économique a des impacts négatifs sur leurs demandes de prêt.
Pour les PME
Les petites entreprises sont les plus fragilisées, car elles souffrent de l’allongement des délais de paiement.
FOCUS : l'Euro
L’euro a perdu depuis le début du mois de mai plus de 5 % de sa valeur face au dollar. Cette baisse est certes étroitement liée à la crise européenne, mais également à la politique de bas taux d’intérêt de la Banque centrale européenne et à la diffusion massive sur le marché de centaines de milliards d’euros.
Une bonne nouvelle pour les PME ?
Lorsque l’euro baisse, les entreprises exportent davantage. Car le prix de leurs produits diminue. Elles accroissent ainsi leur compétitivité-prix. Notamment pour les entreprises industrielles. Autre avantage : avec une devise européenne moins chère, le coût du travail en France diminue pour les entreprises étrangères qui veulent s’installer sur le territoire. Ce qui favorise les créations d’emplois mais aussi l’investissement.
Mais lorsque l’euro baisse, le coût des importations augmente, notamment celui des matières premières. Les pays fortement dépendants voient leur facture énergétique s’envoler. Et pour les secteurs, comme l’automobile par exemple, le coût de l’importation des pièces détachées, souvent fabriquées dans les pays où la main d’œuvre est moins chère, se renchérit.
In fine, pour que la baisse de l’euro ait des effets positifs, il faut qu’elle s’inscrive dans la durée.