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Mis en ligne le 22/05/2012

Outils de gestion, atouts indispensables des entreprises en période de crise


Daniel Marache

Daniel Marache, chef de marché bâtiment au sein de la Division PME de Sage France

 

1/ Comment évolue la conjoncture dans le marché du bâtiment ?

Daniel Marache : Pendant le premier trimestre 2012 les entreprises ont essentiellement bénéficié de l’excellente dynamique du marché à la fin de l’année 2011. Ce qui signifie en réalité que la croissance sur le seul début d’année est quasi-nulle. Mises en chantier de nouveaux logements, permis de construire pour les maisons individuelles et même la rénovation : ces différents segments ralentissent ou chutent et parfois dans des proportions importantes. Comme le faisait récemment remarquer Michel Mouillart, professeur d'économie à l'Université Paris-Ouest*, « c'est un sérieux coup d'arrêt sur la construction. ». Le 11ème colloque conjoncturel du bâtiment étude publiée   par l’observatoire du BTP table pour l’exercice en cours sur une décroissance du marché en France. Grands groupes comme PME ou artisans, tous sont d’accord sur ce point.

2/ Quelles en sont les raisons ?

D.M. : J’en vois au moins cinq. Quatre sont d’ordre économique et forment une menace  pour le secteur du bâtiment avec des ingrédients tels que la dette, la baisse et la suppression d’avantages fiscaux (PTZ+, loi Scellier), le durcissement des conditions d’octroi des prêts par les banques et enfin  la rénovation énergétique des bâtiments  qui ne tient pas ses promesses de booster économique. Les français préfèrent d’ailleurs épargner : selon l’Observatoire des crédits aux ménages, la demande de crédits immobiliers est au plus bas depuis la fin des années 1980. N’oublions pas non plus les collectivités qui font, elles aussi, face à des difficultés de financements de leur projet. La cinquième raison est d’ordre réglementaire. Les professionnels du bâtiment ont en effet le sentiment que les réglementations européennes sur les économies d’énergies, l’éco-efficacité des bâtiments, partent dans tous les sens. Un manque de cohérence qui se répercute ensuite au niveau national. Or il faut un cadre stable pour que les différents acteurs économiques puissent planifier investissements et décisions d’achats.

3/ A quelles sortes d’incohérences faites-vous référence ?

D.M.: Il n’y a pas de directions claires par exemple en matière d’économie d’énergie et d’énergie renouvelable. Un jour on veut favoriser le solaire, le lendemain les pompes à chaleur. On a également poussé à l’équipement des fenêtres en double vitrage sans se demander quel était l’état de l’isolation des  toitures ! Et il ne suffit pas d’édicter des règles pour la construction et la rénovation des bâtiments : encore faut-il que les professionnels soient capables de les mettre en œuvre, ce qui implique un gigantesque travail de formation des personnels dans les entreprises et chez les artisans du secteur.

4/ Le Grenelle de l’environnement n’a-t-il pas remis la France à niveau dans ces domaines ?

D.M. : Il est vrai que le Grenelle a permis de poser certaines fondations. Il reste tant à faire, par exemple en matière de formation. Les chiffres sont éloquents : sur 450 000 entreprises que compte le secteur du BTP, seules 55 000 sont en mesure de répondre aux exigences posées par le Grenelle de l’environnement. Et l’estampille Qualibat, l’une de nos références en la matière, ne labélise que 35 000 entreprises. Plus généralement, le Grenelle a permis de poser les bonnes questions mais les résultats se font attendre.  Et aujourd’hui la France accuse un retard de 15 ans dans la modernisation de l’habitat.

Prenons l’exemple du chauffage : notre pays doit changer 15 millions de chaudière tant chez les particuliers que dans le logement collectif. Mais bien souvent faute de moyens, on préfère prolonger la durée de vie des systèmes par des rafistolages ou des maintenances très couteuses jusqu’au jour où c’est la panne totale. Du travail, il y en a ! C’est d’autant plus dommageable que le génie climatique est un domaine où l’innovation devrait permettre de nombreuses améliorations. D’une manière générale, il est vraiment temps de mobiliser des moyens pour développer des bâtiments éco-efficaces.

5/ Comment les entreprises du bâtiment vont-elles affronter ces défis ?

D.M. : Il est évident que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Les grands groupes ont la capacité à aller chercher la croissance hors de France. Ils peuvent également attaquer des segments de marchés sur lesquels ils n’étaient pas présents tel que celui dit des petits travaux, c’est-à-dire inférieur à un million d’euros. De leur côté, les PME de plus de 20 salariés devraient également passer la crise car elles se sont structurées, organisées avec du personnel plutôt bien formés. Cette année, ces entreprises pourraient même enregistrer une très légère croissance de 0,6%. Ce sont donc les artisans qui risquent davantage d’être en situation difficile.

6/ Outre les questions de taille et de formation, qu’est-ce qui fait la différence entre les PME et les artisans ?

D.M. : Les PME ont investi dans les systèmes d’information. Ils disposent d’outils d’alertes indispensables en temps de crise, ce qui les aide notamment à préserver leur trésorerie, nœud du problème. Or, les artisans ne disposent généralement pas de tels outils. Le modèle informatique, y compris d’ailleurs chez de nombreuses PME, reste Excel et les outils bureautiques.

7/ A quels niveaux interviennent ces outils d’alertes ?

D.M.: La bonne gestion commence avec le logiciel de devis/métrés, étape structurante dans le bâtiment. Il convient de bien connaître, visualiser et maîtriser les quantités et les  prix de tous les éléments en amont pour sortir son prix de revient. Savoir par exemple avec exactitude combien de temps prend l’exécution de telle ou telle tâche. Bien acheter les différents composants et matériaux pour maintenir et contrôler les marges. Cette fonction achat devient d’ailleurs cruciale en matière d’éco-bâtiment car il n’est pas question de sacrifier la qualité des matériaux qui seront utilisés.

Ensuite, c’est le logiciel de suivi des coûts et du réalisé qui permet d’être alerté en cas de dérapage du chantier et bien avant que celui-ci soit terminé. Il s’agit en fait d’un outil de planification et de suivi analytique au quotidien qui permettra de corriger des erreurs dans l’approvisionnement ou encore de gérer au quotidien les charges de production par chantier comme par exemple la gestion d’une équipe qui comprendrait trop de personnes par rapport aux tâches à réaliser.

Enfin, c’est l’étape de l’outil décisionnel, surtout prisé par les entreprises de plus de 20 salariés qui gère plusieurs métiers. Les outils décisionnels analysent à un instant T les chantiers, sur les différentes activités de l’entreprise et selon plusieurs axes d’analyses. En quelques secondes, ils restituent les données pertinentes et peuvent envoyer des éléments à la comptabilité, à la paie par exemple et surtout  informer le dirigeant des performances de son entreprise  Leur utilisation est l’adéquation entre les indicateurs clés de gestion des métiers du BTP et la stratégie d’entreprise :

8/ Ces outils de gestion et plus généralement les systèmes d’information sont-ils en train de devenir une priorité dans les entreprises du bâtiment ?

D.M.: Lorsque la conjoncture est porteuse, les entreprises sont débordées et il se vend alors beaucoup moins d’outil de gestion. En période de crise, au contraire, elles souhaitent trouver les bons outils qui vont leur permettre de surmonter un environnement difficile. Le dernier salon Batimat était très révélateur de ce point de vue : la fréquentation générale a baissé mais c’était la ruée dans le hall dédié à l’informatique…

9/ Quelles sont les demandes des entreprises ?

D.M.: Les PME souhaitent trouver des solutions qui leur permettent d’aller plus vite sur certaines tâches telles que la gestion des devis (carnet de commandes), la gestion de  leur trésorerie …. Demain, ce seront les bonnes données au bon moment qui feront la différence. L’obtention de cautions bancaires en temps réel ou encore des systèmes d’alertes sur des appels d’offres  proche de l’implantation de l’entreprise, en fonction de critères d’expertise métiers qu’elle aura préalablement défini, augmenteront la réactivité de l’entreprise. De même, la récupération simple et rapide de documentation technique, de liste de prix est également une demande forte des professionnels.

Les logiciels de gestion vont devoir intégrer de telles fonctions qui sont de précieux atouts pour les entreprises du secteur. Faire gagner du temps  aux  utilisateurs tout en assurant  la productivité et le suivi des performances des entreprises, voilà les enjeux des outils de gestion accessibles en Web Services…

* Les Echos, "France : les mises en chantier s'effondrent", 24 avril 2012.

 

 


2012 ne sera pas un grand millésime dans le secteur du bâtiment. Toutefois, même si de nombreux clignotants ont viré au rouge, les entreprises, et notamment les PME, investissent dans les systèmes d’information pour passer le cap et préparer l’avenir. Sur ce dernier point, l’arrivée de web services dédiés au secteur devrait permettre de satisfaire les chefs d’entreprise qui souhaitent avant tout gagner du temps sur un certain nombre de tâches.

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