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Kiosque

Mis en ligne le 17/04/2012

Le modèle d’entreprise familial a de beaux jours devant lui


La Stratégie du propriétaire

"La stratégie du propriétaire, enquête sur la résilience des entreprises familiales face à la crise"

Cet ouvrage, écrit par Alain Bloch, directeur du programme HEC Entrepreneurs, Nicolas Kachaner, diplômé d’HEC Paris, et Sophie Mignon, maître de conférences HDR à l’université de Montpellier II, regroupe notamment les interviews de grands noms de groupes familiaux comme Vincent Bolloré, Patrick Ricard, Christian Peugeot ou encore Jean-Charles Decaux. Il opte pour une approche originale en s’interrogeant sur les bonnes pratiques qu’il identifie et montre en quoi elles sont transférables à toutes les entreprises. Il en ressort qu’en période de crise, les entreprises familiales font preuve d’une solidité nettement supérieure à celle des autres groupes et affichent de meilleurs résultats.

Les auteurs montrent ainsi que les fortes valeurs qui trouvent leur origine dans la famille et son histoire, sont incarnées par les dirigeants familiaux et intériorisées par tous les membres de l’entreprise. Elles fondent une vision long terme partagée, mais aussi un système d’obligations et d’attentes réciproques. Les entreprises familiales se démarquent par des spécificités en matière de gestion des ressources humaines. Par exemple, le recrutement se base sur l’adéquation entre le savoir-être du candidat et les valeurs de l’entreprise, le sens du collectif, la modestie, l’autonomie. Coté formation, priorité est donnée à la stabilité professionnelle, y compris des dirigeants, et à la préservation de l’emploi en période de crise. La rémunération s’avère moindre mais, en contrepartie, les entreprises familiales privilégient les systèmes d’intéressement à long terme.

La frugalité au menu des entreprises familiales

Les auteurs insistent également sur la frugalité de ces entreprises qui se traduit par une gestion des coûts et des investissements plus serrée même en période faste, un endettement plus faible, une politique de dividendes plus prudente. Il en résulte une résilience organisationnelle, une capacité à anticiper et encaisser les chocs, à en limiter l’impact, à en absorber les conséquences. La simplicité et la rapidité des modes de décision permettent de réduire rapidement les coûts, tout en maintenant la qualité de l’exécution grâce à la motivation des salariés.

L’ouvrage met l’accent sur la fiabilité qui repose davantage sur l’humain et la culture que les procédures. Les entreprises familiales cherchent à anticiper les sources de panne ou de difficultés, se méfient de la réduction simpliste de la complexité, accordent une grande attention à l’exécution au quotidien et valorisent l’expérience accumulée. Cette démarche permet alors de conserver leur capacité d’apprentissage et d’innovation. Les relations informelles et collaboratives favorisent le transfert de connaissances individuelles et collectives. La diversification vise à développer des activités complémentaires, l’internationalisation se réalise sur le long terme avec l’innovation en point de mire.

Un modèle économique à prendre en compte

En outre, les entreprises familiales se méfient de la croissance externe et des promesses de ROI qui la justifie. Elles optent pour la plupart pour des partenariats voire à des acquisitions dans des métiers proches des leurs, et prêtent une grande attention à l’intégration dans des groupes où la culture est forte et source de difficultés potentielles. Toutefois les auteurs mettent en gardent : l’entreprise familiale n’est pas un modèle en soi. Les exemples sont nombreux de successions et de transmissions mal gérées, d’isolement de dirigeants autoritaires ou de dissensions familiales préjudiciables à l’entreprise. Les risques liés à une gouvernance mal organisée et au non respect des actionnaires minoritaires, à des héritiers peu préparés, à une trop forte résistance au changement ne sont pas toujours bien analysés.

Globalement, les auteurs mettent en avant ces pistes de réflexion en faveur des entreprises familiales à l’exemple d’Essilor, à l’origine une SCOP, aujourd’hui société cotée du CAC 40 qui associe largement ses salariés au capital, a su s’en inspirer avec succès. La démarche RSE, quand elle s’intègre réellement dans la stratégie, vise aussi à construire un modèle économique pérenne valorisant la capacité d’innovation, une gestion des ressources humaines de qualité et une culture d’entreprise, sources d’une compétitivité accrue des entreprises.

« La stratégie du propriétaire, enquête sur la résilience des entreprises familiales face à la crise » par Alain Bloch, Nicolas Kachaner, Sophie Mignon paru aux éditions Pearson, Collection Village Mondial, 19 euros

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