« La reprise se confirme en France mais la croissance restera molle » selon Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos

« Oui, l’économie française va mieux soutenue par un pétrole peu cher, des taux d’intérêt historiquement bas et un euro dépressif. Mais elle reste fragile. Son seul moteur : l’investissement des entreprises. Mais encore faut-il que les patrons restent confiants », un avertissement que Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos, a lancé lors d’une interview accordée à l’Institut Sage.

L’Institut Sage : le FMI revoit en hausse sa prévision de croissance pour la France. L’institution dirigée par Christine Lagarde table désormais sur une croissance du PIB de près de 1,5 % en France cette année. Ce scénario vous semble réalisable ?

Jean-Marc Vittori : oui, globalement la France va mieux après trois années de stagnation. Ce n’est pas parce que François Hollande dit que la conjoncture s’améliore, qu’il faut croire le contraire ! La reprise a démarré lentement en 2015 et a commencé à s’accélérer en début d’année. Il faut dire que toutes conditions étaient réunies pour soutenir la croissance française : prix du pétrole en baisse, dépression de l’euro et taux d’intérêt historiquement bas. Reste à savoir si ces effets d’accélération vont se transformer en croissance durable de l’activité.

Les interrogations restent nombreuses : le taux d’épargne des Français demeure élevé ; il a culminé à 14,9 %, soit 0,8 point de plus qu’un an auparavant, ce qui sous-entend qu’au moins la moitié de la manne liée au bas coût de l’énergie est épargnée.

Autre point de fragilité : la contribution du commerce extérieur au PIB est négative       (-0,7point prévu par l’Insee en 2016). Ce qui confirme que la France a encore un vrai problème d’offre. Reste l’investissement : et bonne nouvelle, les entreprises françaises sont prêtes à sortir des cartons leurs projets d’investissement. Selon la dernière enquête de l’Insee, les industriels anticipent un hausse de 7% de leurs dépenses d’investissement en équipement, après une progression de seulement 1 % en 2015. Or on sait que la progression des investissements joue un rôle d’accélérateur en période de reprise. Elle est nécessaire pour solidifier une reprise, qui peut difficilement reposer seulement sur la consommation des ménages.

Quant à l’investissement des ménages, il repart à la hausse, soutenu par des taux d’intérêt historiquement bas.

L’Institut Sage : vous êtes donc confiant ?

Jean-Marc Vittori : attention, le contexte économique reste fragile. La croissance mondiale risque d’être décevante et inégale, autour de 3 % en 2016. Les taux de croissance des pays émergents, moteurs de l’économie mondiale dans les années 2000, déclinent depuis cinq ans. Les pays riches doivent s’adapter à des taux de croissance plus modestes avec un prix du pétrole et des échanges commerciaux plus faibles. Sans compter les inquiétudes qui montent au Venezuela, en Russie et en Arabie Saoudite. En Europe, le Royaume-Uni et l’Italie inquiètent. Quant à l’Allemagne et la France, il faut s’attendre à des élections sous haute tension.

L’Institut Sage : la France peut-elle créer suffisamment d’emplois pour inverser la courbe du chômage avec une croissance inférieure à 2 % ?

Jean-Marc Vittori : la reprise, mais également les mesures gouvernementales commencent à produire leurs effets sur le marché du travail. Le gouvernement table sur 190 000 créations d’emplois en France en 2016, secteur public compris et ainsi un recul du taux de chômage à 9,5 % de la population active à la fin de l’année contre 10 % un an plus tôt. Mais si l’économie française crée des emplois dès que la croissance dépasse 1%, cela signifie que les gains de productivité  sont faibles. On peut toutefois espérer que les entreprises ont entamé un travail de fond sur leur offre, comme l’Allemagne l’a fait dans les années 2000.

L’Institut Sage : et le chômage des jeunes ?

Jean-Marc Vittori : quand on regarde en détail, la tendance commence à devenir significative pour les moins de 25 ans : -7 % en avril sur un an. Les mesures d’aides à l’emploi portent donc leurs fruits. Reste que ceux qui bénéficient d’emplois jeunes ont du mal, à l’issu de leur contrat, à intégrer le marché du travail. Le bilan de la situation des jeunes en matière de compétences et d’employabilité est désastreux car le système scolaire reste déficient. L’éducation est le premier problème économique de la France.

L’Institut Sage : les résultats du référendum au Royaume-Uni, ont donné le Brexit vainqueur.  Quelles en sont les conséquences ?

Jean-Marc Vittori : le 24 juin dernier, le camp du « leave », favorable à la sortie du Royaume-Uni de l’UE, l’a emporté avec 51,9 %, contre 48,1 % pour le « Remain », camp pro-européen. Difficile, voire impossible d’en prévoir les conséquences sur le moyen et le long terme. Est ce que des entreprises vont quitter le territoire pour Paris, notamment les banques ? Trop tôt pour se prononcer. La seule certitude, est que le Brexit ajoute une couche supplémentaire d’incertitude. Il est donc urgent de rétablir la confiance et de redéfinir l’Europe.

Donnez votre avis sur cet article !

Vous avez envie de contribuer à la rédaction ? Soumettre un article