To Bremain or to Brexit ? Par Pierre Sabatier (2/3)

logo_primeview_300Primeview nous aide à y voir plus clair sur les enjeux de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne. Pour cette seconde interview, nous nous sommes concentrés sur les conséquences pour la Grande-Bretagne et l’Angleterre, un débat qui fait actuellement rage en Angleterre.

Beaucoup d’observateurs redoutent la sortie de la Grande-Bretagne en raison de sa forte intégration commerciale à l’Union européenne. Pourtant, l’impact potentiel du Brexit doit être relativisé, puisqu’il n’impliquera pas nécessairement une réintroduction brutale de barrières douanières : il est selon nous hautement probable que, le temps venu, les différents protagonistes s’entendent pour une réintégration du Royaume-Uni dans l’Association Européenne de Libre-Echange[1] permettant de limiter les pertes commerciales. À court terme, l’incertitude induite par le Brexit pourrait toutefois impacter légèrement négativement la croissance britannique, en raison des comportements attentistes de la part des agents économiques.

Institut Sage : quelles seraient, selon vous les conséquences d’un Brexit pour l’Angleterre ? 

Prime View : Le Royaume-Uni s’engage dans une période de forte incertitude quant à l’issue du référendum. Cette incertitude pourrait peser à la marge sur la croissance du pays en 2016, ces périodes de doute étant propices à des comportements attentistes de la part des entreprises et des ménages. La croissance pourrait ainsi souffrir d’un ralentissement de l’investissement des entreprises, ainsi que des investissements directs étrangers (IDE). Ces derniers pèsent lourd dans l’économie Britannique : le stock d’IDE atteignait près de 975 milliards de Livres en 2013, dont 58% en provenance de l’Europe[2], le Royaume-Uni est d’ailleurs le premier collecteur d’IDE en Europe et le second dans le monde après les États-Unis. Il faut également noter que le faible prix du pétrole implique pour les Britanniques la disparition des flux entrants de pétrodollars.

À l’approche des élections, la consommation des ménages, pilier de la croissance britannique (soit près de 62% du PIB), pourrait également ralentir.

Evolution indices confiance

À court terme, nous voyons plutôt un impact négatif sur le pays quel que soit le résultat du référendum et qui sera d’autant plus fort que les sondages ne donneront pas clairement un camp vainqueur. Du coté des marchés actions, il faut croire au regard des performances récentes que les investisseurs ne font pas cas du Brexit.

Certes à plus long terme, le pays pourra récupérer sa contribution nette au Budget européen de 4.3 milliards d’euros et gagnera en adaptabilité, mais ce gain se fera au prix d’une perte de l’influence politique : le Royaume-Uni ne pourra plus peser sur les décisions prises au sein de l’Union. In fine, si l’impact net est difficile à évaluer, il devrait être, selon nous, globalement neutre.

Institut Sage : Quelles seraient, selon vous les conséquences pour sur la livre ? Existe-t-il un risque de dévaluation ?

Prime View : La dépréciation de la livre a commencé à se matérialiser. Le taux de change réel effectif[3] du pays s’est en effet déprécié de plus de 5% depuis le mois d’aout 2015. Évidemment, cette baisse ne peut être attribuée entièrement à la menace du Brexit, de nombreux facteurs plaidant par ailleurs pour une livre faible (déficit du compte courant, difficultés des pays exportateurs de pétrole qui ne sont plus en mesure d’investir dans le pays, appréciation du dollar).

Taux de change

 

Balance compte courant

 

Cependant, la Livre constitue plutôt un élément qui sera à même d’amortir le choc éventuel d’un Brexit, puisqu’elle permettra à l’économie britannique de s’adapter à ces évolutions en voyant ses exportations gagner en compétitivité. Ce sera peut-être l’occasion, pour le pays, de réduire son déficit commercial.

 


[1] Association dont faisait initialement partie le Royaume-Uni avant son intégration à l’UE. L’accord entre l’association et l’Union Européenne permet à des pays comme la Norvège ou l’Islande de profiter de l’Espace économique européen (libre circulation des biens, services, capitaux et personnes)

[2] Source ONS et UNCTAD

[3] Taux de change pondéré par les échanges commerciaux

 

 

Donnez votre avis sur cet article !

Vous avez envie de contribuer à la rédaction ? Soumettre un article