To Bremain or to Brexit ? Par Pierre Sabatier (1/3)

logo-primeviewPrimeView nous aide à y voir plus clair sur les enjeux de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne. Pour cette première interview, nous nous sommes concentrés sur les conséquences d’un Brexit pour l’Union Européenne et les pays d’Europe continentale.

Beaucoup d’observateurs redoutent la sortie de la Grande-Bretagne en raison de sa forte intégration commerciale à l’Union européenne. Pourtant, l’impact potentiel du Brexit doit être relativisé, puisqu’il n’impliquera pas nécessairement une réintroduction brutale de barrières douanières : il est selon nous hautement probable que, le temps venu, les différents protagonistes s’entendent pour une réintégration du Royaume-Uni dans l’Association Européenne de Libre-Echange[1] permettant de limiter les pertes commerciales. À court terme, l’incertitude induite par le Brexit pourrait toutefois impacter légèrement négativement la croissance britannique, en raison des comportements attentistes de la part des agents économiques.

Institut Sage : selon vous, quelles seraient les conséquences de cet événement sans précédent pour le vieux continent ? Négatives pour sa croissance et sa stabilité ? Le risque de contagion est –il réel ?

PrimeView : il faut d’abord garder à l’esprit que si nous serons fixés en juin quant à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, nous ne connaîtrons pas encore avec précision tous les aspects que pourrait revêtir un Brexit. En effet, si le résultat du référendum penche du côté d’une sortie de l’Union Européenne, s’enclenchera alors une période de négociations qui pourra durer jusqu’à deux ans. Ce laps de temps devrait être amplement suffisant pour éviter tout risque de contagion. D’autant que le pays a toujours marqué une certaine distance vis-à-vis de l’intégration européenne (comme son choix de ne pas intégrer la zone euro, ou certaines dérogations dans l’application des réglementations notamment financières).

Il n’en demeure pas moins que le Royaume-Uni reste le quatrième contributeur au budget européen avec 11.3 milliards d’euros en 2014. Un Brexit provoquerait donc un « trou » dans le financement des politiques communautaires d’environ 4.3 milliards d’euros (le pays recevant environ 7 milliards des dépenses communautaires) impliquant des arbitrages budgétaires délicats et/ou une remise au pot commun de la part des 27 pays membres. Si les concertations au sein de l’UE pourraient être facilitées avec un membre eurosceptique de moins, la période de transition pourrait toutefois entrainer une instabilité politique liée à une remise en cause des rapports de force au sein de l’Union.

Outre ces aspects budgétaires et politiques, le principal risque serait une remise en cause de l’intégration commerciale du Royaume-Uni : qu’adviendra-t-il des 9.6% d’importations du commerce intra-UE absorbés par le pays, derrière l’Allemagne (21%) et la France (12.2%) ? Sa contribution en tant qu’exportateur étant plus modérée, (6.2% du commerce au sein de la zone, soit le 6e exportateur de la zone) on pourrait en conclure que les risques sont plutôt portés par ses partenaires européens que par le Royaume-Uni lui-même.

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Institut Sage : qu’est que cela peut changer pour les échanges commerciaux avec l’Angleterre ? Des barrières douanières peuvent-elles décourager les exportateurs français ?

PrimeView : Le scénario d’une hausse des barrières douanières nous semble assez peu probable et irait à l’encontre du pragmatisme dont ont fait preuve les autorités britanniques ces dernières années (et qui a permis au pays de se sortir rapidement du marasme économique). Elles n’ont, en effet, pas hésité à flexibiliser le marché du travail pour faire baisser le chômage, à mettre très rapidement en place une politique monétaire expansionniste, et à réduire drastiquement les dépenses publiques… (Graphiques ci-dessous).

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Il serait insensé pour le pays de pénaliser ses exportations vers l’UE alors qu’elles représentent plus de 40% de ses débouchés à l’international. Il apparaît plus probable que le Royaume-Uni continuera à bénéficier d’un accès privilégié au marché commun en réintégrant l’Association Européenne de Libre-Echange, ou encore en concluant des accords bilatéraux à l’instar de la Suisse. L’intégration commerciale de l’UE et du Royaume-Uni devrait donc pousser les deux à s’accorder pour ne pas provoquer un séisme économique qui ne profiterait à personne.

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Concernant les PME britanniques, selon le SBI 2014, les deux premières destinations de leurs exportations sont l’Irlande et les États-Unis. Ce qui marque la capacité des britanniques à exporter au-delà des pays d’Europe continentale.

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Outre-manche, près de 45% des exportations et 46% des importations sont le fait d’entreprises de moins de 250 salariés. Le sondage commandité par l’UE (Flash Eurobarometer 421) indique que seules 19% des PME britanniques ont importé depuis l’UE (17% ont exporté) contre 36% pour la moyenne des PME européennes. Autrement dit, un nombre restreint de PME réalisent un peu moins de la moitié des échanges commerciaux du Royaume-Uni avec l’UE. Ainsi, en cas de détérioration des relations commerciales avec l’UE, un nombre limité de PME serait touché.

 

 

 

[1] Association dont faisait initialement partie le Royaume-Uni avant son intégration à l’UE. L’accord entre l’association et l’Union Européenne permet à des pays comme la Norvège ou l’Islande de profiter de l’Espace économique européen (libre circulation des biens, services, capitaux et personnes).

 

 

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