Entretien avec Emmanuel Lechypre, éditorialiste sur BFM et BFM business

Emmanuel Lechypre

Emmanuel Lechypre

Institut Sage : Quelles seraient les conséquences économiques d’un Brexit ?

Emmanuel Lechypre : Tout dépendra des accords commerciaux qui seront signés, parce que des accords seront forcément signés, de libre échange ou d’union douanière. Pour l’heure, il est trop tôt pour se prononcer. Une adhésion à l’Espace économique européen garantirait au Royaume-Unis un accès au grand marché européen et à ses quatre libertés (libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes). Mais cette adhésion l’obligerait à mettre en oeuvre des directives et des normes sans pouvoir participer à leur élaboration, ce qui représente une perte d’influence non négligeable. Quoiqu’il en soit, selon la plupart des simulations effectuées, le Brexit pourrait coûter de 0 à 0,1 % de croissance à l’Europe, soit presque rien … mais de 0,5  à 1 % à la Grande-Bretagne, soit jusqu’à 3 % du PIB sur la période 2016 – 2019.

 

Institut Sage : Le risque de délocalisation des entreprises européennes et françaises est- il réel ?

Emmanuel Lechypre : L’impact devrait être limité.  Sauf si l’incertitude se prolonge et si les nouvelles réglementations se montrent bien trop divergentes de celles de l’Europe, auxquels cas, des délocalisations de firmes multinationales vers l’Union européennes pourraient se multiplier. Mais, n’oublions pas que le Royaume-Uni est très différent de l’Europe continentale, de par la structure de son économie, notamment sa spécialisation productive, de par ses politiques économiques (monétaire, de change et budgétaire) de par le fonctionnement de son marché du travail et enfin de par la réglementation de ses banques.  Ces différences devraient demeurer après un éventuel Brexit, ce qui relative les conséquences.

Institut Sage : En cas de Brexit, le risque de contagion est-il réel ?

Emmanuel Lechypre : La tentation pourrait être grande pour bon nombre de pays de l’Union Européenne.  D’autant que les sujets sensibles  sont nombreux : crise des migrants, crise agricole, chômage… L’Europe, aujourd’hui, est bel et bien enlisée. Cette idée que d’autres pays négocient leur sortie pourrait, peut-être, être l’amorce de la constitution d’une Europe à plusieurs vitesses.

Institut Sage : Quelles sont les conséquences sur la livre ?

18898145409_9954d49d83_oEmmanuel Lechypre : La livre recule déjà. Ce mouvement pourrait s’accélérer si les délocalisations des multinationales, mais aussi des banques étrangères installées à Londres se multipliaient vers l’Union Européenne. Ce qui pèserait sans aucun doute sur la croissance du Royaume-Uni et pourrait déstabiliser la balance des paiements, qui enregistre déjà un déficit courant important (4 % du PIB en 2015).  De quoi faire plonger davantage encore la livre, qui selon Goldman Sachs, pourrait perdre jusqu’à 20 % de sa valeur. Cette situation pénaliserait les exportations de l’Union Européenne, sachant que le marché intra-Union représente 10 % de leurs exportations.

Institut Sage : Quelles seraient les conséquences sur les institutions européennes ?

Emmanuel Lechypre : Le Brexit pourrait bouleverser les équilibres fragiles et redistribuer les cartes au sein du Conseil Européen. Sans compter que se poserait la question budgétaire, puisque le Royaume-Uni demeure le second contributeur de l’Union Européenne après l’Allemagne (12 % des ressources communautaires).

 

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