Selon Frédéric Motte, Cèdres Industries : le challenge d’un chef d’entreprise est de survivre

045 Frederic Motte 01bisInstitut Sage : Frédéric Motte, vous codirigez Cèdres Industrie, sous-traitant industriel qui emploie 600 personnes, notamment dans la région Nord-Pas-de-Calais. Quelle est l’histoire de votre entreprise ?

Frédéric Motte : Mon aventure entrepreneuriale a démarré en co-achetant, ETCI, un sous-traitant industriel à Lens. Puis les rachats se sont succédés : Arras, Béthune, Isbergues, Merville, La Gorgue… Au total, nous avons acquis une vingtaine d’entreprises ayant toutes le même point commun : leur bonne santé. C’est ainsi que Cèdres Industries a grossi. Aujourd’hui, nous sommes assembliers et apporteurs de solutions industrielles globales. Nous concevons, réalisons et entretenons des processus industriels pour des grandes entreprises.

Institut Sage : Sur quoi repose votre développement ?

Frédéric Motte : Le développement de Cèdres, qui emploie plus de 600 personnes, va dans le sens des besoins des grands groupes. Il s’agit d’un défi majeur car les relations avec les grands donneurs d’ordres ne sont pas faciles. Aujourd’hui, nous poursuivons nos efforts de développement géographique, technique, d’investissements et de partenariats avec nos clients, fournisseurs et sous-traitants. Notre vision de l’entreprise est en phase avec nos valeurs, qui sont le partage de la prise de décisions, le respect des collaborateurs, des sous-traitants et des fournisseurs, ainsi que le respect des normes techniques, de qualité et de sécurité. Toutes les valeurs qui tournent autour des préoccupations sociales et environnementales. Reste que ces valeurs avec les parties prenantes se font sur une base de volontariat. Or avec les grands groupes, le maître-mot reste le prix.

Institut Sage : Comment fonctionnent les entreprises ensemble ?

Frédéric Motte : Nous détenons 100% du capital de chaque entreprise mais chacune a une totale  autonomie en termes de décision. Ce qui concrètement se traduit par une très faible centralisation au niveau de la holding.

Institut Sage : Quelle est votre vision de l’entrepreneuriat ?

Frédéric Motte : L’entrepreneuriat est une fabuleuse aventure humaine. Le challenge d’un chef d’entreprise, c’est survivre. Sa qualité est de savoir fédérer autour d’un projet. Son devoir ? Mettre ses compétences au service de l’entreprise, donc de ses collaborateurs.

Institut Sage : Quelle est votre plus grande déception ?

Frédéric Motte : La centralisation des pouvoirs. Le manque de confiance des politiques envers les chefs d’entreprise et plus globalement les régions. Mais également, leur totale ignorance du monde de l’entreprise.

Institut Sage : Quel regard portez vous sur l’industrie française ?

Logo_cedresindustriesFrédéric Motte : Un regard inquiet. La richesse de la France passe par l’industrie. Or, le taux d’industrialisation est tombé en-deçà de 11% du PIB, un niveau inférieur à celui du Royaume-Uni. A l’abandon de pans entiers du secteur s’ajoute l’absence de réglementation européenne qui, à défaut de créer un écosystème favorable à la France, nous pénalise. Vient ensuite se greffer la lourdeur du code du travail, un frein sérieux à l’embauche. Ainsi, sans harmonisation fiscale et sociale, la compétitivité de l’industrie française devrait continuer de s’effriter. Aujourd’hui, au-delà du discours pro-industrie, les professionnels du secteur attendent des actes concrets allant dans le sens d’une reconquête du secteur dans nos régions.

Institut Sage : Comment anticipez-vous l’avenir ?

Frédéric Motte : Au-delà des inégalités fiscales à réduire, ce qui constitue un véritable combat pour pouvoir gagner en compétitivité, le défi du secteur industriel vise à pouvoir attirer les talents. Or, l‘industrie a un déficit d’image qu’il lui faudra combler. Le travail démarre dès l’école. L’apprentissage doit retrouver ses lettres de noblesses, comme en Allemagne. Les chefs d’entreprise doivent tisser des partenariats avec l’enseignement. Faute de quoi, nous devrons renoncer à des marchés par manque de bras.

Institut Sage : Le plan du Medef intitulé Un million d’emplois est un leurre ?

Frédéric Motte : Non. La création d’un million d’emplois en France est possible à condition que le terreau soit favorable à l’entreprise (réglementation, fiscalité, droit du travail..). Car pour embaucher, il faut croire en l’avenir. Et, n’oublions pas que dans certains secteurs, la pénurie de main d’œuvre reste sévère. En d’autres termes, que le législateur fasse confiance aux entreprises. A force de vouloir tout protéger, on n’incite pas à embaucher.

Institut Sage : Les clés de la réussite, quelles sont-elles ?

Frédéric Motte : D’abord, le travail d’équipe, ensuite ne pas avoir peur d’embaucher des gens meilleurs que soi !

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