Gilles Babinet : le numérique a rendu les entreprises plus agiles, reste à accélérer le processus éducatif

10643247673_94873e4cf4_bInstitut Sage : vous avez créé de nombreuses startups et avez été le premier président du Conseil national du numérique.  Il y a deux ans, vous déclariez que la stratégie numérique en France était quasi-inexistante, totalement absente des débats et du rapport Gallois. Fort de votre expérience, quel discours portez-vous aujourd’hui ?

Gilles Babinet : La prise de conscience des enjeux est plus évidente. Reste que face à cette révolution en marche, nous sommes face à des politiques incapables de soutenir le débat et de mettre en place des mesures pour que plus aucune entreprise ne reste au bord de la route.

Institut Sage : vous avez déclaré que les startups qui gagnent sont celles qui parviennent à aller plus vite que les autres, à l’image d’Airbnb et d’Uber. Quelles recommandations donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs ?

Gilles Babinet : Etre aussi agiles que le sont ces startups et bien sûr innover ! C’est pourquoi, il est essentiel que les entreprises parviennent à lever facilement des capitaux. Notamment pour celles qui évoluent sur la toile, car la concurrence y est mondiale, donc rude. Une chose est certaine : celles qui accéléreront plus fort et plus vite seront les gagnantes. Mais, ceci nécessite également un environnement fiscal adéquat pour attirer les investissements, notamment pour les jeunes pousses. Car c’est ce monde et nul autre qui doit être notre boussole, en France comme au niveau européen. Les opportunités de construire une société où chacun pourra trouver sa place, avec des systèmes sociaux modernes et efficaces et un Etat à l’écoute de ses citoyens, n’ont jamais été aussi concrètes. Or, pour l’heure, à la lecture des statistiques européennes, la France continue d’enregistrer des niveaux de taux de marges inférieurs à ceux des pays de l’OCDE. Difficile dans ce contexte de concrétiser des projets d’investissement. Reste le capital humain, l’avenir de notre pays.

Institut Sage : vous avez écrit sur les Big Data, en quoi peut-il améliorer notre vie, à commencer par notre santé ?

Gilles Babinet : Le rôle principal des Big Data est de rendre
07433905-photo-logo-conseil-national-du-numerique-cnnum notre société plus intelligente. Issues de nos réseaux sociaux, de notre téléphone mobile, de notre passage en caisse, de l’utilisation d’une carte de transport, les données sont partout. Les techniques des Big Data peuvent être utilisées pour développer des outils marketing perfectionnés, améliorer la prise en charge médicale, permettre aux villes de mieux gérer leurs ressources ou encore allier productivité agricole et développement durable. Les données pourraient bien être l’une des énergies motrices de la nouvelle révolution globale en cours. Et nous n’en sommes qu’aux prémices. Grâce au croisement des milliards de données sur votre famille, vos pratiques de consommation, vos loisirs, les mots que vous utilisez dans vos e-mails, vos SMS, sur vos réseaux sociaux… on vous propose les services, les voyages, la musique dont vous avez besoin ! Au delà du gadget, toute l’économie de la santé pourrait être bouleversée dès lors que, grâce à des capteurs sanguins, chacun deviendrait apte à poser un diagnostic par lui-même. Voilà pourquoi les Big Data constituent un tournant pour notre société. Pour la gestion de l’eau, des déchets, de l’énergie, des transports, de l’hôtellerie, le croisement des données augure de formidables gains d’efficacité.

Institut Sage : l’économie numérique est-elle suffisamment créatrice de richesses pour absorber le nombre croissant de chômeurs ?

network-577009_960_720Gilles Babinet : L’économie numérique est créatrice de biens communs. Elle ouvre la voie à une société plus harmonieuse et démultiplie les potentiels. Si elle est créatrice d’emplois ? Se poser la question nous ramène à des concepts dépassés. Aujourd’hui, la France a besoin de compétences pour transformer les enjeux en actes concrets. Cela nous ramène à l’autre défi du XXIème siècle : la formation continue. Il nous faut un système éducatif plus qualitatif et non pas élitiste pour transformer les emplois taylorisés. Il s’agit d’une véritable révolution à l’échelle française, qui pourtant s’avère déjà en marche dans les pays anglo-saxons et scandinaves.

Institut Sage : quel message avez-vous envie de faire passer ?

Gilles Babinet : Les exemples internationaux nous enseignent que trois facteurs sont déterminants pour réussir. En premier lieu, il convient d’insister sur l’importance de l’éducation et de l’enseignement supérieur, qui doivent être de qualité et proche du monde de l’entreprise. En second lieu, il faut que l’Etat français saisisse l’opportunité du numérique pour accélérer sa réforme. Avec environ 1,3% de son budget investi dans ce secteur, il reste loin de la moyenne européenne et encore plus loin des pays les plus volontaristes. Ces investissements permettent des gains d’efficacité et des économies formidables.

 

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