Le régime d’autoentreprise est une réponse à l’évolution du droit du travail pour François Hurel, Union des auto-entrepreneurs

François Hurel, président de l'Union des auto-entrepreneurs

François Hurel, président de l’Union des auto-entrepreneurs

Institut Sage : François Hurel, vous êtes Président de l’Union des auto-entrepreneurs, statut qui a connu plusieurs réformes, dont la dernière dite Loi Pinel, et s’est complexifié. Par exemple, samedi 19 décembre au plus tard, les auto-entrepreneurs opérant dans le commerce ou l’artisanat devront s’être immatriculés auprès d’un tribunal de commerce ou d’une chambre des métiers. En cas d’oubli, d’erreur ou de fausse déclaration, ils risquent une amende de 4.500 euros. Or, lors de notre dernière entrevue l’an passé, vous indiquiez que le succès de ce statut était réel. Après sept années de régime d’auto-entrepreneurs, quel bilan tirez-vous ?

François Hurel : Le bilan est triplement positif. Positif d’un point de vue quantitatif, avec un million d’auto-entrepreneurs répertoriés aujourd’hui et 1 200 de créés chaque jour. Positif sur le fond, puisque les projets lancés sont plus solides, donc plus viables. Enfin positif sur le plan qualitatif, car le régime a pris toute sa dimension dans l’espace d’initiative des Français. L’enseignement que l’on peut tirer après sept années d’existence, concerne le nouveau regard que portent les Français sur l’entrepreneuriat et, plus globalement, sur leur activité. Ils ont intégré que l’on peut exercer une activité autrement que via le salariat et un contrat de travail. La société se transforme et le droit du travail doit suivre de près ces évolutions.

Institut Sage : Pourtant l’Insee vient de confirmer une baisse de plus de 20% du nombre d’auto-entrepreneurs sur les trois derniers mois. Comment expliquez-vous cette chute ?

François Hurel : Le recul des immatriculations s’explique, d’abord, pour des raisons conjoncturelles. En été, l’activité ralentit et les décisions de créations sont repoussées en septembre. Ensuite, parce qu’il existe un effet plafond du nombre des auto-entrepreneurs rapporté à la population active. Je l’anticipais d’ailleurs en expliquant que l’étiage se situait à un million d’autoentrepreneurs actifs. A la création du régime, la France manquait d’entrepreneurs. Le retard est largement comblé, à l’heure actuelle, puisque la France, grâce notamment à ce régime, caracole en tête des pays européens, et presque du monde, en matière d’entrepreneuriat. Enfin, la troisième explication à cette baisse, est la contrainte de plus en plus pesante des démarches et charges administratives. La simplicité a séduit les Français au démarrage du régime en 2008. Pourtant, peu à peu, l’Etat a ajouté des contraintes et des taxes. auto-entrepreneurDommage. Il aurait été largement plus judicieux de simplifier les autres régimes, comme le réclament d’ailleurs les dirigeants de tous types d’entreprises.

Institut Sage : Les autoentreprises parviennent-elles à grandir ?

François Hurel : Un tiers des auto-entrepreneurs se développent, approchent ou dépassent largement le seuil des 32 900 euros de chiffre d’affaires annuel. Mais toutes n’ont pas vocation à devenir des TPE, voire des PME. Quelque 30% des autoentreprises répondent à ce que l’on attendait d’elles, à savoir créer un revenu supplémentaire, à l’image des salariés et des retraités. Mais depuis peu, il s’est créé une nouvelle catégorie d’autoentreprises qui travaillent ensemble. Instinctivement, elles viennent d’inventer une nouvelle forme d’entrepreneuriat basée sur le mode collaboratif. En répondant à tous ces cas de figure, on mesure bien les avantages du régime et son universalité. C’est pourquoi, nous travaillons avec Sage au développement d’outils pertinents adaptés aux différents besoins des auto-entrepreneurs. Il est important de les aider en les accompagnants toujours davantage.

Institut Sage : Qu’en est-il du salariat déguisé ?

Logo-UAEFrançois Hurel : Il n’est pas d’actualité selon moi, tout simplement parce qu’il est interdit. Il ne faut pas s’attarder sur les mauvais élèves, il faut juste les sanctionner et le dire.

Institut Sage : Comment voyez-vous évoluer, à moyen terme, ce régime ?

François Hurel : A moyen terme, le débat en France portera sur le travail indépendant comme véritable alternative au contrat de travail. A la condition, bien sûr, que ce nouveau mode de travail puisse offrir la même protection sociale aux Français. Le débat est inévitable et la concurrence de ces deux modes d’activité jouera pleinement si elle est équitable. D’ailleurs, il est important qu’on le lance, puisque le CDI est, pour lors, devenu un vrai piège pour le salariat tellement il devient inaccessible.

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