L’accès au crédit se durcit encore pour les PME, selon Bénédicte Caron, CGPME

Bénédicte Caron, CGPME

Bénédicte Caron, CGPME

Institut Sage : Bénédicte Caron, vous êtes Présidente de l’Eure, Vice-présidente de Haute-Normandie et nationale de la CGPME, en charge des affaires économiques. Comment, selon vous, vont nos PME ?

Bénédicte Caron : Selon la 26ème édition du baromètre CGPME, paru en octobre sur le crédit et les besoins de financement, l’inquiétude des chefs d’entreprise à l’égard du contexte économique, qui avait significativement augmenté entre mars et mai 2015 (de 78% à 84%), se stabilise à 83% en octobre. Un niveau qui demeure dangereusement élevé. De la même manière, les dirigeants interrogés restent toujours aussi pessimistes sur leur propre activité. Si l’on regarde plus en détail, le niveau d’inquiétude est variable d’une entreprise à l’autre. Certaines voient la fin du tunnel. Alors que d’autres finissent par couler à essayer de se maintenir la tête hors de l’eau depuis des mois. Le rythme des défaillances s’accélère. Or, face aux difficultés conjoncturelles, il n’existe pas de logique sectorielle. Dans le bâtiment par exemple, les PME qui travaillent avec des particuliers s’en sortent plutôt mieux que les entreprises de travaux publics, subissant, elles, de plein fouet les coupes budgétaires des collectivités locales. Même constat dans les services. Certaines PME arrivent à surfer sur la baisse d’activité générale. Tout dépend des contrats et de la qualité des prestations. Enfin dans le commerce, les boutiques en ville souffrent sérieusement des ventes en ligne. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il existe de véritables primes à l’ancienneté et à la taille. En d’autres termes, les jeunes pousses sont bien plus fragiles que les entreprises ancrées dans leur secteur et dans leur région.

Institut Sage : Peut-on parler encore d’insécurité fiscale ?

Bénédicte Caron : Effectivement, même si le gouvernement semble entendre les inquiétudes des patrons français. Cependant, la politique fiscale continue de peser lourdement sur les PME au point qu’elles sont devenues les moins rentables d’Europe. Au-delà de l’instabilité fiscale, s’ajoutent une insécurité juridique et un code du travail beaucoup trop lourd. Certes, le CICE a donné un bol d’oxygène aux entreprises, mais le report de l’allègement des charges au deuxième trimestre, reste un autre signe fort d’instabilité.

Institut Sage : Comment expliquez-vous les difficultés qu’ont les PME à renouer avec la croissance ?

Bénédicte Caron : La première explication est la baisse du pouvoir d’achat des ménages. Dans les régions, les revenus sont extrêmement bas. Et n’oublions pas que le chômage record pousse les Français à la prudence. Ils préfèrent se serrer la ceinture pour épargner en cas de coup dur. Dans un tel contexte, les entreprises ne prennent aucun risque ni en terme d’investissement ni en terme d’embauches, même lorsque les commandes affluent. Les PME sont beaucoup trop fragiles pour prendre des risques.

Institut Sage : Justement, qu’en est-il de l’accès au crédit ?

Bénédicte Caron : La dernière enquête menée par la CGPME montre une hausse significative des souhaits de financements, en particulier pour investir mais l’accès au crédit est perçu comme difficile. Du coup, 32% d’entre eux déclarent se limiter dans leurs demandes de crédits bancaires. Mon retour terrain confirme cette tendance. Les banques n’ont jamais été aussi frileuses ; au point qu’elles ne jouent plus leur rôle même pour des sommes insignifiantes notamment dans certains secteurs comme la restauration. Il est vrai que l’entrepreneuriat ne se décrète pas. L’accompagnement et la formation restent indispensables pour garantir la pérennité de l’activité. Or, bon nombre de personnes se lancent sans même de business plan.

Logo_cgpmeInstitut Sage : Depuis la crise de 2008, il semble que les PME n’aient jamais réussi à renouer avec une croissance pérenne. Le contexte à l’entreprenariat paraît plus difficile qu’avant. Pourquoi ?

Bénédicte Caron : Le contexte économique est en perpétuelle évolution. Difficile pour les PME de s’adapter à un tel rythme. L’ouverture de nos frontières les a rendues plus vulnérables. La concurrence est féroce. Dans le commerce, l’apogée des ventes en ligne participe à l’affaiblissement du commerce de ville, alors que les normes fiscales, administratives ne sont pas équitables. Comme on l’a vu avec la COP21, les normes environnementales ne sont pas les mêmes dans tous les pays. En France, dans bon nombre de secteurs, elles pénalisent les entreprises françaises. Et dans les services, secteur grand consommateur de main d’œuvre, les charges sociales pèsent sur les marges et donc sur les trésoreries.

Institut Sage : Cette situation justifie-t-elle des efforts de tous ?

Bénédicte Caron : En effet. Je suis fondamentalement convaincue que la France n’a pas encore touché le fond. Pourtant, si les Français semblent prêts aux réformes, il ne faut pas qu’elles touchent à leurs intérêts personnels. On revient toujours aux blocages de la société, mais notre modèle économique et social prend l’eau. Il faut que les acquis soient remis en cause. Nous n’avons plus le choix.

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