Pierre Pelouzet : la médiation inter-entreprises, un dispositif gratuit, confidentiel et efficace pour les PME et TPE

Pierre Pelouzet, Médiation inter-entreprise

Pierre Pelouzet, Médiation inter-entreprise

Institut Sage : Le 8 avril 2010, la Médiation des relations inter-entreprises industrielles et de la sous-traitance voyait le jour par décret du Président de la République, pour voir son périmètre d’intervention élargi à l’ensemble des filières industrielles en 2012. Pierre Pelouzet, en tant que Médiateur des relations inter-entreprises, ce dispositif est-il une exception française ?

Pierre Pelouzet : En effet, il s’agit d’un dispositif gouvernemental d’aide aux entreprises unique en Europe, parce qu’il est gratuit, confidentiel et efficace. Ailleurs, le service existe, mais il est privé, donc payant.

Institut Sage : Pourquoi avoir créé cette médiation en pleine crise économique ?

Pierre Pelouzet : Parce que nous sommes convaincus que la compétitivité et la croissance de nos entreprises passent par l’instauration de politiques d’achat responsables et des relations inter-entreprises collaboratives.

Institut Sage : Qui peut bénéficier de votre aide ?

Pierre Pelouzet : Toutes les entreprises, de la TPE aux grands groupes, qui rencontrent des difficultés relationnelles et /ou contractuelles avec un client ou un fournisseur. Cela peut s’agir de rupture de contrats, de changement de close contractuelle, de spoliation intellectuelle ou de tentative de récupération des bénéfices du CICE via une baisse des prix fournisseurs. Les entreprises disposent ainsi d’une solution gratuite, rapide et totalement confidentielle. Face à son succès, la Médiation des relations inter-entreprises industrielles et de la sous-traitance a vu son périmètre d’intervention s’élargir en 2012 à l’ensemble des filières industrielles (grande distribution, luxe, ingénierie, communication, informatique, artisanat, santé, énergie/nucléaire…), mais également aux services. D’où la nouvelle appellation Médiation Inter-entreprises. Pour aller encore plus loin, le gouvernement a décidé en mars 2013 d’élargir encore son champ d’intervention à l’ensemble des secteurs de l’innovation.

Institut Sage : Quelles sont les modes de saisine ?

Pierre Pelouzet : La médiation peut se faire de façon individuelle, avec une entreprise qui souhaiterait engager seule une médiation contre un client ou un fournisseur. Elle peut se faire de façon collective : plusieurs entreprises se regroupent pour saisir le médiateur face à un même client ou fournisseur. Enfin, la médiation peut être saisie par une branche. Dans ce cas, l’ensemble d’un secteur d’activité entre en médiation.

Institut Sage : Comment expliquez-vous votre taux de réussite ?

logo-mediateur-industrielPierre Pelouzet : Nous comptabilisons mille cas de médiation par an et huit sur dix aboutissent à un accord. D’abord parce que nous avons établi un réseau de médiateurs sur la France entière. Quelque 45 médiateurs délégués en région, tous formés à la médiation fournissent un service de proximité. Au niveau national, quinze médiateurs, des chefs d’entreprise à la retraite par exemple, expérimentés et formés eux aussi à la médiation, interviennent sur des cas complexes. Notre succès repose également sur notre approche pragmatique. Notre démarche première est de rebâtir la confiance. Une fois cette confiance restaurée, les parties peuvent reprendre le dialogue. De ces échanges naissent la solution pour mettre fin au litige. Enfin, le taux de réussite repose sur le dispositif qui nous permet d’accéder, notamment dans les grands groupes, au niveau d’interlocuteur adéquat.

Institut Sage : Nous venons de voir que la Médiation Inter-entreprises remplit une mission curative, à travers des médiations individuelles, collectives ou de branche, qu’en est-il de son action préventive ?

Pierre Pelouzet : Nous avons établi une charte Relations fournisseurs responsables. A ce jour, plus de 1 200 signataires, des grands groupes aux PME et TPE, sont entrés dans le club des bonnes pratiques. La charte comprend dix engagements pour des achats responsables. Comme par exemple assurer une équité financière vis-à-vis des fournisseurs, favoriser la collaboration entre grands donneurs d’ordre et fournisseurs stratégiques, réduire les risques de dépendances réciproques entre donneurs d’ordre et fournisseurs, intégrer la problématique environnementale ou encore fixer une politique cohérente de rémunération des acheteurs. Par ailleurs, les donneurs d’ordres pourront désigner un ou plusieurs « correspondants PME » de façon à privilégier la médiation. Parallèlement pour évaluer la mise en œuvre des dix engagements, la Compagnie des dirigeants et acheteurs de France (CDAF), la Médiation des Marchés publics et la Médiation Inter-entreprises avons créé le Label Relations fournisseur responsables. Celui-ci s’inscrit dans le prolongement des principes définis dans la Charte et vise à distinguer les entreprises et entités publiques ayant fait la preuve, dans leurs pratiques, de relations durables et équilibrées avec leurs fournisseurs.

Institut Sage : Quels sont, en résumé, les objectifs de la médiation ?

Pierre Pelouzet : Ils sont au nombre de trois : rétablir la confiance dans la relation client – fournisseur ; assurer l’indépendance stratégique et la croissance des entreprises et renforcer la responsabilité des leaders de filières.

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