Stanislas de Bentzmann, CroissancePlus : baisser les charges des entreprises est une question de survie

Stanislas de Bentzmann, Croissance Plus

Stanislas de Bentzmann, Croissance Plus

Institut Sage : Stanislas de Bentzmann, vous êtes le président de CroissancePlus, et cofondateur de la société de services informatiques Devoteam. Selon vous, dans quel état d’esprit sont les PME ?

Stanislas de Bentzmann : L’ambiance est particulière. Pour les PME tournées vers l’international et celles qui surfent sur des vagues porteuses (data, cloud, sharing economy…), le moral est plutôt bon, en dépit du ralentissement chinois. Pour celles dont l’activité se fait essentiellement en France, l’attentisme prédomine. Leurs carnets de commandes ont encore du mal à se remplir. Alors qu’en juillet dernier, bon nombre d’indicateurs annonçaient la reprise, le baromètre CroissancePlus / Astorg Partners n’indiquait aucun rebond significatif. Force est de constater que l’élan général, tant attendu, se fait encore attendre.

 

CroissancePlus activité enteprise

Institut Sage : Mais de quel élan les entreprises ont-elles besoin pour tirer l’économie française et créer des emplois ?

Stanislas de Bentzmann : Il existe en France un tissu d’ETI et de PME prêtes à se développer et à tirer l’économie, mais qui se voient contraintes par le carcan administratif et fiscal. Or, installées dans les territoires, ces entreprises peuvent soutenir l’activité en France. Nous pourrons renouer avec des taux de croissance suffisants et inverser la courbe du chômage seulement lorsque nous arriverons à une parité fiscale avec nos voisins européens. Mais, le différentiel reste encore trop pénalisant et continue de plomber les marges des entreprises nécessaires pour investir et embaucher. Les PME et les ETI sont les premières à souffrir du poids des prélèvements fiscaux et sociaux. Pourtant, c’est dans ces entreprises que naissent l’innovation et la création de valeurs. Une étude menée par KPMG sur les entreprises de croissance, en partenariat avec  le METI et CroissancePlus  (parue en janvier 2014) a montré que la progression continue des prélèvements fiscaux et sociaux depuis dix ans avait eu des conséquences négatives à la fois sur l’emploi et sur la capacité d’investissement des entreprises. Le poids des dépenses publiques fait l’objet aujourd’hui d’un consensus, notamment en matière de dépenses sociales. La France débourse cent milliards de plus que ses voisins européens. Ce n’est plus supportable. L’Etat sacrifie les prochaines générations.

Institut Sage : Lannonce du report des baisses de charges dans le cadre du Pacte de responsabilité est-elle une déception pour les PME ?

CroissancePlus évolution servicesStanislas de Bentzmann : Effectivement. Baisser le coût du travail pour les entreprises, notamment pour celles exposées à la concurrence internationale, leur permettraient de gagner des parts de marché, donc d’augmenter leur production et la création d’emplois. Et pour celles bien ancrées dans les régions, comment relancer l’investissement et recruter de nouveaux collaborateurs sans visibilité et sans confiance dans les pouvoirs publics ? Les entreprises ne peuvent plus naviguer à vue. Faut-il encore rappeler que ces allègements de charges sont indispensables à la compétitivité de nos entreprises, sachant que même avec le Pacte de responsabilité, les entreprises françaises restent encore les plus fiscalisées en Europe. Pourtant, les entrepreneurs ont l’ambition de grandir. Bon nombre ont des objectifs d’ouverture à l’international et des idées innovantes à lancer. Or sans visibilité pérenne sur leur business plan, les projets resteront dans les tiroirs.

Institut Sage : Au-delà d’une baisse de la fiscalité, comment faire grandir les PME ?

Stanislas de Bentzmann : L’actionnariat salarié est un combat historique de CroissancePlus et les entrepreneurs y sont particulièrement attachés. Il faut rendre plus accessibles les Bons de Souscription de Parts de Créateurs d’Entreprises (BSPCE) et les Actions Gratuites (AGA) afin que l’entreprise devienne le bien commun de toutes les parties prenantes. Nous militons également pour plus de souplesse du temps de travail et pour un contrat de travail flexible. Enfin, l’autre moyen de consolider les PME est de réduire les délais de paiement à trente jours. Pour rappel, les PME françaises sont payées en moyenne à 72 jours, contre 38 en Allemagne. Impossible pour nos PME de renflouer leur trésorerie. Voilà pourquoi 65 000 entreprises ont mis la clé sous la porte cette année.

CroissancePlus évolutionInstitut Sage : CroissancePlus et PME Finance, spécialisée sur les questions de financement des entreprises viennent d’unir leurs forces. Un mariage d’intérêt ?

Stanislas de Bentzmann : Ce rapprochement a pour objectif de faire grandir rapidement les entreprises et leur permettre de devenir les « SCALE-UP » qui révolutionneront notre économie. Financer une entreprise, c’est lui donner les moyens d’innover, de croître à l’international et de transformer son modèle économique pour s’adapter à la révolution numérique. Le rapprochement avec PME Finance nous donne les moyens de formuler une réforme globale du financement des PME. Parce qu’il est temps de créer une nouvelle finance

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