Richard Thiriet (Centre des Jeunes Dirigeants) préconise de recourir à l’emprunt pour financer l’embauche

Richard Thiriet, CJD

Richard Thiriet, CJD

Richard Thiriet, Président du Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD), partage son analyse sur la reprise trop fragile, sur le financement des PME beaucoup trop sélectif, et sur l’export comme relais de croissance trop peu développé en France par des PME insuffisamment armées. Il livre sa solution au chômage des jeunes, que le mouvement patronal défend bec et ongle auprès du gouvernement.

Institut Sage : Richard Thiriet, votre rôle de Président du CJD vous met en contact direct avec les dirigeants. D’après vous, comment vont nos PME ?

Richard Thiriet : Globalement, elles vont mieux. Mais, ce redémarrage de l’activité ne profite pas à toutes. Le bâtiment reste sinistré et l’industrie continue de souffrir de la concurrence mondiale, et surtout de marges beaucoup trop faibles. A l’inverse, dans les services, la marche des affaires a repris. Toutefois, ce secteur reste moins que les autres exposés aux cycles économiques, aujourd’hui plus courts, mais beaucoup plus violents.

Institut Sage : Le CICE a aidé les PME à affronter la crise ?

Richard Thiriet : Toutes les PME n’ont pas été candidates au préfinancement. Celles qui y ont recouru ont pu renflouer leurs trésoreries et renforcer leurs fonds propres. Cependant, il aurait été plus profitable de baisser les charges qui pèsent dangereusement sur les trésoreries en période de vaches maigres.

Institut Sage : Les dernières statistiques de la Banque de France, montrent que les crédits aux PME a repris : vous confirmez ?

Richard Thiriet : Effectivement, sauf que les banques ne financent pas les besoins de trésorerie. Pourtant, elles en ont précisément besoin. En demandant des garanties bétons, elles ne prennent aucun risque. En d’autres termes, les établissements bancaires ne jouent plus leur rôle. Or, une entreprise, pour se développer, doit investir et embaucher. Lorsqu’elle décide de passer à l’acte, elle le fait sur ses fonds propres.

cjdbdInstitut Sage : Mais il existe d’autres modes de financement…

Richard Thiriet : Effectivement. Mais en France, les entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires inférieur à cinq millions, ne parviennent pas à accéder aux marchés financiers. De même pour les levées de fonds qui s’avèrent tout aussi compliquées. Reste que les créations d’emplois se font dans les PME. Quant au crowdfunding, il faudra encore un peu de temps pour que ce mode de financement s’impose comme une solution alternative.

Institut Sage : Pourquoi nos PME exportent-elles si peu ?

Richard Thiriet : Peu de PME sont sensibilisées à l’export, tout simplement parce qu’elles ne sont pas encore prêtes à affronter les marchés extérieurs. Le CJD a commencé à communiquer sur le sujet. Mais, le changement de mentalité prendra du temps. Je crois qu’en France, les entreprises ont peur de grandir. En outre, d’un point de vue financier, elles sont dans l’ensemble beaucoup trop fragiles.

Institut Sage : S’agissant du passage au numérique, où en sont les PME ?

Richard Thiriet : Bon nombre d’entre elles ont intégré que le web est un moyen d’élargir leurs marchés en allant chercher de nouveaux clients et en valorisant leurs produits. D’autres ont un site internet, certes, mais elles l’utilisent uniquement comme vitrine. Là encore, les mentalités évoluent lentement. Pour y pallier, nous organisons des rencontres réseaux sur ce thème.

Institut Sage : Quels sont les chantiers du CJD ?

Richard Thiriet, CJD

Richard Thiriet, CJD

Richard Thiriet : Notre combat porte, ces dernières années, sur la jeunesse, plus particulièrement sur l’accès au premier emploi. Notre cheval de bataille est le financement, via l’emprunt garanti par Bpifrance, de la première année de salaire des jeunes recrues. Si les entreprises ont la possibilité d’emprunter une année de salaire, charges comprises, elles n’auront plus à puiser dans leurs fonds propres. Ainsi, elles pourront passer à l’acte d’embauche. Un cercle vertueux peut alors se déclencher qui profiterait à tous, aux jeunes, aux PME et même aux banques.

Parallèlement, notre autre axe de réflexion tourne autour du changement de modèle de management et de gouvernance. Le monde évolue et les générations qui arrivent sur le marché du travail rejettent le modèle pyramidal. Il faut que les entreprises s’adaptent. Celles qui sont réfractaires, resteront sur le carreau. C’est pourquoi, le CJD les aide à prendre ce virage. Il y a un mot qui revient souvent ces temps-ci : effort. Effort d’expliquer, le pourquoi d’un nouveau modèle, effort de comprendre les nouveaux modes de travail et effort d’accepter ces changements.

Institut Sage : On parle désormais d’économie de partage. Cette notion fait sens au CJD ?

Richard Thiriet : Le CJD est un mouvement exceptionnel qui rassemble 4 500 adhérents partageant les bonnes pratiques. Pour ce faire, nous avons développé des outils performants dont toutes les PME pourraient s’emparer. Notre vœu est de les faire tomber dans le domaine public !

Institut Sage : Quelque 700 000 entrepreneurs vont passer la main. Que faire pour que ces entreprises ne meurent pas ?

Richard Thiriet : Nous travaillons sur de nouveaux modèles de financement. En effet, le LBO classique de la reprise d’entreprise fait courir un risque à l’entreprise repreneur. Raison pour laquelle la transmission est délicate voire dangereuse. L’acheteur ne peut financer que sur ses résultats. Mais, dans un contexte de cycle bas, le risque d’une baisse de l’activité devient réel. Pour honorer alors, sa dette, le repreneur risque de pressuriser son entreprise, jusqu’à l’asphyxier. Aussi, il faut imaginer d’autres modèles de financement. Sans compter que les banques imposent des apports de plus en plus élevés.

Institut Sage : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes pousses ?

Richard Thiriet : Il faut oser, quel que soit le contexte économique et se faire accompagner. En d’autres termes, oser mais pas oser seul !

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