Compétitivité des entreprises, la solution au chômage, Alexandre Montay, METI

Alexandre Montay, METI

Alexandre Montay, METI

Institut Sage : Alexandre Montay, vous êtes délégué général du METI (Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire, ex-Asmep-ETI). Selon vous, l’investissement repartira cette année ?

Alexandre Montay : Si l’investissement des entreprises françaises n’a progressé que de 2% en 2014 – un redémarrage encourageant mais qui reste bien en deçà des taux atteints juste avant la crise financière (8,8% en 2007) – les dépenses d’investissement des ETI, elles, ont continué de progresser depuis 2008. L’effort d’investissement reste, largement, au cœur de la stratégie des ETI, pour une raison simple : investir est une question de survie, car la majorité d’entre-elles sont soumises à une concurrence internationale. Et n’oublions pas que le différentiel de compétitivité avec l’Allemagne tourne autour de 110 milliards d’euros.

Institut Sage : Comment les ETI vont investir avec des marges au plus bas depuis 1985 ?

Alexandre Montay : Permettre aux entreprises de reconstituer leurs marges est là tout l’enjeu. Les mesures successives, crédit d’impôt pour l’emploi et la compétitivité (CICE), Pacte de responsabilité et depuis avril 2015 le sur-amortissement exceptionnel pour les investissements industriels, vont dans le bon sens puisqu’elles visent à améliorer la compétitivité des entreprises, y compris des ETI, largement représentées dans le secteur industriel. Mais elles ne comblent pas le retard de compétitivité qu’accuse la France par rapport à ses voisins européens. Il faudra du temps et de la constance dans la politique économique pour rendre à nouveau l’écosystème français compétitif.

Institut Sage : Le sur-amortissement s’avère-t-elle une mesure déterminante ?

Alexandre Montay : Compte tenu de la fenêtre de tir d’une année, seules les entreprises qui sont dans une dynamique d’investissement vont pouvoir passer rapidement à l’acte. Il faut bien comprendre que les ETI ont des investissements structurés qui prennent au minimum entre 18 et 24 mois pour se concrétiser entre la définition du besoin, l’appel d’offres, la réalisation… On peut donc douter que cette mesure génère de nombreuses nouvelles décisions d’investissement. Selon le baromètre de la compétitivité des ETI que nous menons avec Amundi et Option Finance, la proportion des ETI qui ont comme priorité d’investir dans leur appareil productif dans les six prochains mois s’établissait, au mois de juin, juste après l’annonce, à 52% contre 54% en février.

Institut Sage : Pourtant, avec une conjoncture française et internationale vacillante, comment les ETI vont pouvoir résoudre l’équation ?

Alexandre Montay : Même si, encore une fois, toutes les démarches du gouvernement en faveur de l’investissement, le CICE, Pacte de responsabilité, le sur-amortissement… vont dans le bon sens, l’amélioration de la compétitivité des ETI nécessite de rétablir les marges. Cela ne peut passer que par une baisse durable des charges qui pèsent sur les entreprises, sur le coût du travail et sur l’appareil productif. A titre d’exemple : les taxes locales et sectorielles représentent 1,8% du PIB en Allemagne contre 3,4% en France, tandis que notre pays détient avec 38% le record européen du taux d’imposition. En 2017, les mesures mises en place par l’Exécutif ne nous auront permis que d’effectuer un tiers du chemin qui nous éloigne de nos voisins d’outre-Rhin.

Institut Sage : C’est l’une des grandes questions de la politique de l’emploi depuis vingt ans. Faut-il cibler les allègements de cotisations sociales sur les bas salaires ? Ou bien faut-il en étendre le bénéfice à des salaires supérieurs au SMIC, voire à tous les salaires ?

METIAlexandre Montay : Ciblés sur les bas salaires, les allègements restent un moyen efficace pour lutter contre l’accroissement du chômage des personnels moins qualifiés. Le gouvernement Ayrault s’est déjà frotté à la question à l’automne 2012, lors de la mise en place du CICE. Le taux de ce dernier a été porté en 2014 à 6% de la masse salariale sur les salaires jusqu’à 2,5 fois le SMIC. Mais si l’on veut construire pour nos enfants une économie de la montée de gamme, alors il faut également que les baisses de charges concernent les personnels qualifiés, notamment les cadres qui font le développement des entreprises.

Institut Sage : Comment favoriser le développement des ETI pour que la France gagne en compétitivité ?

Alexandre Montay : Vouloir favoriser les ETI passe d’abord par la création d’un écosystème des affaires aligné sur la moyenne européenne, le cadre fiscal et social restant la clé du développement des entreprises. Avec le CICE et le Pacte de responsabilité, la situation s’améliore un peu depuis quelques mois, mais le différentiel avec les pays voisins reste encore considérable. La fiscalité reste très forte sur la production. Tout ceci n’est pas de nature à encourager le développement de filières d’avenir et gagner en création de valeur.

Donnez votre avis sur cet article !

Vous avez envie de contribuer à la rédaction ? Soumettre un article