Sans confiance, il n’y aura pas de croissance, selon Mercedes Erra, Havas Worldwide

Mercédès Erra, BetC

Mercédès Erra, BetC

Institut Sage : Mercedes Erra, vous êtes notamment Présidente exécutive d’Havas Worldwide et fondatrice de BetCommunication (BETC) qui a fêté l’an dernier ses 20 ans et est devenue la première agence française de publicité. Dans un marché publicitaire récessif, BETC tire largement son épingle du jeu. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?

Mercedes Erra : BETC représente vingt ans de travail avec une volonté de créer des marques uniques, fortes et modernes. On a bien avancé mais on n’est jamais au bout du chemin. L’agence compte 800 collaborateurs et plus d’une centaine de clients dont de très grandes marques internationales comme Evian, Air France, Peugeot, Canal Plus, Lacoste, Sephora, mais également des marques plus familiales ou patrimoniales comme Petit Bateau ou Aigle.

Institut Sage : Quelle est votre recette du succès ?

Mercedes Erra : Le travail et l’obsession de la qualité. Cette double exigence nous a portés et continue de nous porter. Le travail, parce que pour parvenir au sommet, il faut se retrousser les manches sans compter les heures. La qualité, parce que pour exister dans la durée, il faut pouvoir offrir le meilleur aux entreprises. Nous voulons instaurer entre les marques et les gens une relation unique : cela peut passer par un film, un événement, du contenu qui résonne fort et juste par rapport à leurs aspirations et connecte ou reconnecte le public à la Marque… C’est une nouvelle façon de penser la publicité. Ainsi, nous parvenons à obtenir leur confiance et à déclencher un cercle vertueux que nous tâchons d’alimenter année après année. J’ajouterai qu’au delà de ces deux piliers, la réussite de BETC repose également sur la gestion des talents. Nous menons depuis des années une politique d’intelligence collective, qui consiste à faire travailler une pluralité de talents ensemble, sans beaucoup de hiérarchie ni de préséance. C’est aussi un facteur clé de notre réussite.

Institut Sage : Parlez-nous de votre métier.

logo BetCMercedes Erra : Le secteur de la publicité porte un véritable regard sur les évolutions de la société. Notre métier s’avère de plus en plus vaste, des enjeux de communication interne à la communication grand public. Il exige à la fois une pensée stratégique pour orienter le sens, et des spécialistes des différentes disciplines de la communication, en particulier dans le numérique. C’est pourquoi nous avons créé BETC digital, BETC Design, BETC Luxe, BETC Content et bientôt BETC Corporate. L’aspect fondamental au cœur de tout cela reste les idées. On n’embarque personne sans idée. Pour continuer cette belle aventure, notre prochain événement constituera le déménagement de l’agence prévu en 2016, à Pantin, dans un environnement de pure créativité.

Institut Sage : Vous côtoyez au quotidien les entreprises, comment se portent-elles ?

Mercedes Erra : Elles traversent une véritable crise de confiance. Les instabilités économique et politique, en Europe mais également aux Etats-Unis, au Moyen-Orient et même en Asie, les contraignent à reporter leurs décisions d’investissements et d’embauches. Or c’est la confiance qui crée la croissance et permet d’enclencher ce fameux cercle vertueux. Certes, le monde est imprévisible mais désormais il faut l’intégrer. Comme il faut intégrer les changements. Pour preuve, Blablacar, et tant d’autres entreprises d’un nouveau genre, offrent des services qui révolutionnent la société de consommation des trente glorieuses, bousculent des marchés importants, en abolissant ou démodant la possession, une valeur pourtant chère aux Français.

Institut Sage : Pourtant, la France a des atouts.

Mercedes Erra : Effectivement, la France dispose de suffisamment d’atouts pour rebondir. D’abord, sa démographie, plus porteuse que celle de l’Allemagne ou de l’Italie. Même si trop de jeunes sortent de l’école sans diplôme, notre société est plus éduquée qu’elle ne l’a été. Nous disposons également de grandes entreprises qui rayonnent à l’international. Notre réseau de start-up est très dynamique. La France reste la troisième terre d’accueil des implantations étrangères en Europe, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne, même si elle peine encore à faire valoir ses importants atouts pour attirer les investissements des pays émergents. Et puis la France garde un rôle important dans le monde, du côté des valeurs, des droits humains, de la diplomatie. La France demeure aussi une des dernières grandes armées indépendantes des Etats-Unis qui puisse intervenir à l’international. Les pays étrangers le savent bien.

Institut Sage : Alors pourquoi les Français ont-ils si peu confiance en leur pays ?

Mercedes Erra : Ce n’est pas nouveau. Le manque d’optimisme est quelque chose de bien logo Havas Worldwideancré dans notre pays, cela apparaît dans tous nos éléments d’étude. Il faut probablement imputer cela au déficit persistant de valorisation de nos atouts. On a aussi perdu un peu le nord en France face aux avantages qui sont les nôtres aujourd’hui. On s’est trop bien habitué à nos privilèges : l’éducation publique et la santé gratuites. Cette volonté d’accès universel aux soins et à l’éducation reste d’ailleurs une valeur forte de la France. On a intérêt à redonner conscience aux Français de l’ensemble de ces éléments et aussi à être plus positif, en particulier à l’école et dans l’éducation, sur la vision du monde et de l’avenir qu’on donne à nos propres enfants.

Institut Sage : Comment restaurer la confiance ?

Mercedes Erra : La confiance ne se décrète pas. Elle s’acquiert dès la jeunesse, sur les bancs de l’école.  Des études montrent que la confiance se développe plus facilement dans les écoles où l’on apprend aux enfants à jouer ensemble, à collaborer entre eux. Cet investissement dans le capital humain peut permettre à chacun d’être acteur de sa propre vie et de rétablir une confiance collective. Ensuite, la défiance n’est pas une fatalité, à condition de se ressaisir. Le travailler ensemble reste une des clés de la réussite. L’union fait la force. Et sur le plan des réformes économiques et administratives, le gouvernement va dans le bon sens en apportant de l’oxygène aux entreprises et en leur simplifiant la vie.

Institut Sage : Quels conseils donneriez-vous à ces jeunes qui veulent entreprendre ?

Mercedes Erra : En France, les incubateurs jouent un rôle essentiel, pour encadrer ces jeunes pousses. Mais, pour entreprendre, il faut, avant tout, croire en son idée. Et compte tenu de la difficulté à endiguer le chômage, c’est une bonne chose que la jeunesse ait davantage le goût d’entreprendre. L’entrepreneuriat est d’ailleurs une des voies du retour à la confiance. Je donnerais un deuxième conseil : ne pas se laisser arrêter par un échec, car les plus grand entrepreneurs ont presque tous connu des échecs avant de trouver le chemin de la réussite.

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