Le choix de l’indépendance : créer son entreprise

C. BonnetQu’est-ce qui motivent les créateurs d’entreprises ? Bien souvent, il s’agit avant tout d’un désir de liberté et d’indépendance, qui, même s’il comporte sa part de risque, a des vertus en termes d’épanouissement personnel. Mais c’est une liberté qui connaît certaines entraves dans notre contexte politique et social.

Indépendance et liberté, les motivations premières des créateurs d’entreprises

L’APCE a publié en 2013 une enquête sur les motivations des créateurs d’entreprises. Elle révèle que le choix de l’indépendance arrive largement en tête : 60% des entrepreneurs ont d’abord été motivés par ce facteur. Il faut d’ailleurs noter qu’en dépit des idées reçues, le souhait de s’enrichir ne figure pas dans le classement. Et pour cause, nombre d’entrepreneurs chevronnés le confirment. « Je ne connais pas beaucoup d’entrepreneurs qui font fortune », atteste Marc Simoncini, fondateur de nombreuses entreprises dont les célèbres Meetic et Sensee, et à la tête du fonds d’investissement Jaïna Capital, qui mise principalement sur les start-up innovantes. Mais il complète : « plus que l’argent, ce qui compte, c’est la liberté ».

Cette liberté connaît des freins, notamment en France où les facteurs sociaux, culturels, et politiques ne sont pas toujours favorables à l’entrepreneuriat. Pour Philippe Hayat, fondateur de l’association 100 000 Entrepreneurs, dont la vocation est de « donner aux jeunes l’envie d’entreprendre », on peut en effet parler de « défiance » française à l’égard de l’entreprise. Pour lui, elle trouve ses fondements dans deux phénomènes : « d’un côté les médias [qui] présentent majoritairement l’entreprise avec une vision négative : scandales financiers, licenciements… ». Et, au niveau politique, le fait qu’ « on n’a historiquement jamais en France encouragé l’entrepreneuriat ». Yves Laisné, juriste à la tête d’un cabinet de conseil aux entreprises, explique quant à lui que l’aversion au risque propre à l’esprit français est incompatible avec l’esprit d’entreprise, d’où ce désamour qu’il déplore. « A partir du moment où la notion d’entreprise est liée à la notion de risque, et où par ailleurs, le peuple comme les élites veulent la stabilité et la sécurité, vous avez une antinomie ontologique entre l’état d’esprit français et la notion d’entreprise », analyse-t-il.

Philippe Hayat

Philippe Hayat

Une liberté entravée ?

En pratique, la liberté d’entreprendre se heurte effectivement souvent aux pressions administratives, réglementaires et fiscales vis-à-vis des entreprises – qui font d’ailleurs la réputation de la France. Fervent défenseur d’une plus grande liberté d’entreprendre, Yves Laisné regrette notamment le poids des corporatismes, et des nombreux secteurs réglementés qui l’entravent. Une posture qui selon lui ne sert ni l’innovation, ni l’économie, ni l’emploi. « L’Etat doit assurer le respect des règles du jeu », plaide-t-il, « mais l’Etat n’est pas là pour entreprendre, pour protéger telle ou telle entreprise ou pour favoriser telle ou telle entente, groupement ou corporation ». Gaspard Koening, écrivain à la tête du think-tank libéral GénérationLibre, regrette aussi cette situation où en France, « la défense de l’Etat protecteur est devenue le rempart de tous les conservatismes ». Il défend une vision du libéralisme où

Guilhem Bertholet

Guilhem Bertholet

« l’individu doit avoir la liberté d’entreprendre », et où il faut donc « instituer une régulation et un marché qui garantissent l’effectivité de ce droit ».

Faut-il voir dans le Pacte de Responsabilité, lancé par le gouvernement l’année dernière, un premier signe volontariste de soutien de la part de l’Etat envers ses entrepreneurs ? Certains veulent y croire. Guilhem Bertholet, auteur du Petit livre rouge de la création d’entreprise, déclare ainsi : « La France s’est réconciliée avec ses entrepreneurs, nous sommes de plus en plus nombreux à nous lancer ». Il complète : « le monde politique a bien compris que le redressement du pays passait par les entrepreneurs : il aura fallu du temps mais on y est ». Pourtant, et pour ne citer que quelques exemples, les menaces et les contraintes qui s’accumulent autour du statut de l’autoentrepreneur, ou encore l’interventionnisme récent de l’Etat dans certains grands dossiers

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig

économiques (Alstom, taxis…) montrent que la liberté d’entreprendre, comme l’indépendance de l’entrepreneur, restent dans le sillon régulé des décisions gouvernementales.

Du risque, de l’innovation… et de l’épanouissement

Ce qui n’empêche pas, bien au contraire, les entrepreneurs de continuer à revendiquer leur désir d’indépendance et de rappeler leur attachement à de cette liberté. Même et surtout si créer son entreprise c’est, comme l’explique Yves Laisné, accepter de prendre des risques en contrepartie. « L’entrepreneur est celui qui a trouvé une idée, qui innove, qui prend un risque », résume-t-il. Mais c’est aussi se donner les moyens d’être force d’innovation. Marc Simoncini en est convaincu : « pour inventer il faut être libre, et pour être libre, il faut être entrepreneur ».

Un pari de l’indépendance et de la liberté qui est d’ailleurs très valorisé sur le plan de l’épanouissement personnel par nombre d’entrepreneurs qui en ont fait l’expérience. Le bonheur serait-il dans l’entrepreneuriat ? Oui, si l’on en croit Philippe Hayat : « la motivation première, c’est de partir d’une envie, d’un talent et de créer un projet autour, explique-t-il. L’épanouissement résulte du fait de porter un projet qui nous ressemble, qui satisfasse un profond désir d’indépendance ». De quoi susciter des vocations.

Claude Bonnet, serial-entrepreneur à la retraite

 

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