Teads vise le haut du tableau mondial de la publicité vidéo

Olivier Reynaud, Teads

Olivier Reynaud, Teads

Institut Sage : Olivier Reynaud, vous êtes l’un des trois fondateurs de Teads, jeune société de Montpellier spécialisée dans la publicité vidéo. Innovation, levées de fonds, fusion, développement à l’international… en un peu plus de quatre ans d’existence, Teads a déjà une histoire bien remplie. A l’image de ses trois fondateurs ?

Olivier Reynaud : Nous avons effectivement tous les trois avec Loïc Soubeyrand et Loïc Jaurès un passé commun dans le monde des sites internet et notamment dans l’univers de la musique en ligne et nous sommes avant tout des entrepreneurs dans l’âme avec plusieurs créations de sociétés à notre actif. Partis du B to C, où l’équation économique est plus difficile à résoudre, nous avons voulu évoluer vers le B to B avec l’ambition de monétiser tous types de contenus par le biais de la publicité en ligne en concevant différents formats de lecture. Ceci nous a conduits à créer une offre spécifique pour les sites de presse puisque 95% des articles contenus sur ces sites peuvent accueillir de la vidéo. Car, si les marques consacrent encore une large part de leurs investissements publicitaires à la télévision, le numérique prend une place croissante. Ainsi, en France, internet pèse déjà un quart du marché publicitaire. La publicité vidéo en ligne permet aux marques de bien mieux cibler les publics qu’elles souhaitent atteindre. De leurs côtés, les journaux y trouvent une source de revenus significative. Pour certains, ce canal représente même les deux tiers de leurs revenus totaux. Pour autant les groupes de presse ne disposent pas, bien souvent, d’inventaire vidéo en nombre suffisant pour proposer des offres attractives pour les  annonceurs.

Institut Sage : Les géants américains du net font plus qu’occuper le terrain en matière de publicité en ligne. Comment vous y êtes-vous pris pour faire votre place ?

Olivier Reynaud : Par l’innovation car Teads est un fournisseur de technologie. A ce titre, nous avons conçu et développé les outils qui permettent d’insérer une publicité vidéo entre deux paragraphes dans un article tout en évitant au lecteur une trop grande intrusion qui ne serait pas appréciée. Le format inRead que nous avons créé, est un dispositif publicitaire vidéo qui ne se déclenche que lorsqu’il est suffisamment visible sur l’écran de l’internaute. Une fois la publicité entièrement visionnée, elle disparaît en toute discrétion. Tout le contraire d’un format trop intrusif qui déclenche automatiquement le plein écran et le son dès la lecture de la publicité vidéo lancée.

Institut Sage : Comment le marché a-t-il réagi ?

Olivier Reynaud : Très bien. Le taux d’adoption de ce format au sein des journaux auxquels SONY DSCnous l’avons proposé est quasiment de 100%. En France nous travaillons à l’heure actuelle avec l’essentiel des groupes de médias, notamment parce que le modèle économique est prêt à l’emploi pour eux. Au Royaume-Uni, 100% des sites de presse utilisent  notre format inRead. Au total nous travaillons avec 500 journaux Premium dans le monde tels que Le Monde, Financial Times, Forbes.

Institut Sage : Et du côté des annonceurs ?

Olivier Reynaud : Les marques de luxe sont très intéressées par cet environnement Premium sur lequel elles ont une vue d’ensemble grâce à nos partenariats. Il n’est pas rare qu’un annonceur souhaite lancer une campagne mondiale sur 40 pays et 400 sites de presse, ce que nous sommes en mesure de faire. Elles consacrent d’ailleurs des moyens importants aux campagnes sur internet avec des budgets, de plus en plus souvent, à sept chiffres. Ce secteur représente le gros de la volumétrie que nous gérons. Nos commerciaux travaillent directement avec les annonceurs ou les agences de publicité, cela dépend de la nature des campagnes, locales ou non. On nous achète du temps garanti, un système qui mixe les taux de lecture avec le temps de visualisation, par exemple un million de vidéos vues à 100%, avec un tarif fixé par vidéo vue intégralement.

Institut Sage : Quelle est la traduction en termes de chiffre d’affaires ?

Olivier Reynaud : Sur la lancée de 2013, l’année 2014 s’est très bien passée, dopée par le SONY DSCsuccès du format inRead qui a constitué pour nous un véritable déclic. En outre, la fusion avec la société Ebuzzing a donné naissance à un groupe, dont la marque demeure Teads, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 76,5 millions d’euros employant plus de 450 collaborateurs. Nous sommes désormais présents dans 18 pays avec 26 bureaux. Afin d’accompagner notre développement nous comptons recruter 180 personnes cette année pour laquelle nous avons trois objectifs principaux. Il s’agit tout d’abord d’accélérer notre expansion sur le marché américain. Aujourd’hui en troisième position pour Teads, il doit devenir son premier marché compte tenu du poids des Etats-Unis dans le marché mondial de la publicité, notamment du potentiel de la publicité en ligne. Second objectif, la montée en puissance de notre format  inRead qui devra représenter les deux tiers de notre chiffre d’affaires. Enfin un objectif technique : que ce format puisse être lu sur n’importe quel type d’appareils, et surtout sur l’ensemble des mobiles et des tablettes disponibles sur le marché. Une prouesse technique, d’où le recrutement de profils techniques très pointus.

Institut Sage : N’allez-vous pas un peu trop vite ?

Olivier Reynaud : Non. Nous voudrions même aller encore plus vite ! Je retiens des expériences précédentes, qu’il ne faut avoir ni d’idées préconçues ni de limites. Je pense à la célèbre phrase de ce grand entrepreneur qu’était l’industriel Pierre-Georges Latécoère, à l’origine des premières lignes aériennes françaises vers l’Afrique et l’Amérique du Sud : « J’ai refait tous les calculs, ils confirment l’opinion des spécialistes : mon idée est irréalisable. Il ne me reste plus qu’une seule chose à faire : la réaliser. » Seuls ceux qui croient à leur rêve peuvent l’accomplir. Même si cela paraissait improbable au départ, ce n’était pas impossible de connaître un tel succès en Grande-Bretagne, en France et même aux Etats-Unis. Ou encore de servir de grandes marques internationales telles que Cartier, Total, Air France qui lancent des campagnes sur des centaines de sites de presse à travers le monde. Donc nous l’avons fait !

Institut Sage : Si le vent était si favorable pourquoi cette fusion avec Ebuzzing ? Ne pouviez-vous pas continuer votre route en solo ?

_DSC1565Olivier Reynaud : Cette fusion avec Ebuzzing s’inscrit dans le principe 1 + 1 = 3. L’enjeu était simple : soit on se bagarre seuls dans le top 5 Europe, soit nous réunissons nos forces pour viser plus haut, batailler dans le haut du tableau mondial et concurrencer, dans une certaine mesure, Google et Yahoo. Cette rencontre avec Ebuzzing et ses fondateurs tels que Pierre Chappaz (co-fondateur Kelkoo), Bertrand Quesada (co-fondateur Ebuzzing), Laurent Binard (co-fondateur Ebuzzing)  et Gilles Moncaubeig (co-fondateur Overblog) revêt avant tout un caractère humain, des personnes qui ont l’entreprenariat chevillé au corps, a permis de fusionner excellence technique et puissance commerciale. Nous avons fait le choix d’être forts ensemble plutôt que de continuer seuls, limiter nos ambitions et finir par se mettre en danger.

Institut Sage : Même si un tel chemin n’était pas envisagé au départ ?

Olivier Reynaud : Bien entendu car un projet de start-up grandit, change avec le temps. L’énorme accélération que nous avons connue ces dernières années nous pousse à faire évoluer le projet de départ pour transformer le potentiel en business, arriver à la taille critique, réorienter le projet capitalistique. Rien ne doit être figé si l’on veut croître.

Institut Sage : Vous semblez faire preuve de la même ouverture d’esprit vis-à-vis des fonds d’investissements que vous avez sollicités à plusieurs reprises. Qu’apportent-ils ?

Olivier Reynaud : En effet, la dernière opération en date s’est déroulée en décembre dernier. Nous avons levé 24 millions d’euros notamment auprès de fonds tels qu’Elaia Partners, Partech Ventures, Gimv et également Bpifrance. Les deux premiers fonds, qui sont français, ont notamment investi dans Criteo et Dailymotion et sont proches de l’univers de la vidéo publicitaire en ligne. Ils comprennent les contraintes de ce marché, son potentiel, et partagent avec nous une même vision. Bien sûr, ils suivent nos performances financières mais nous SONY DSCsommes en phase sur les objectifs, le marché, la technologie. C’est essentiel pour bâtir une relation durable de qualité avec un fonds d’investissements. Les levées de fonds sont indispensables pour soutenir le développement technologique, notre élément différenciateur, en embauchant les meilleurs talents et sécuriser notre développement à l’international. Notre rythme de croissance est très consommateur de cash. Les fonds nous apportent également des contacts, des opportunités de business.

Institut Sage : Vous avez évoqué le recrutement de talents bien spécifiques. Quelles qualités recherchez-vous ?

Olivier Reynaud : Nous cherchons des profils atypiques qui ont touché à tout. Nous recrutons de plus en plus de profils en informatique, spécialisés, compétents dans des langages tels que Cassandra et Scala, conçue pour gérer des quantités massives de données réparties sur plusieurs serveurs, en assurant tout particulièrement une disponibilité maximale des données partout dans le monde. Mais ce genre de talents est difficile à trouver. Nous cherchons donc en France et à l’étranger pour nos centres de développement situés à Montpellier et Paris. Mais compte tenu des caractéristiques de Teads, nous leur demandons à tous de la curiosité et de l’ouverture d’esprit.

Institut Sage : Quel est le style de management chez Teads ? Quelle est l’influence du rythme de croissance en termes de ressources humaines ?

Olivier Reynaud : Tout d’abord la pyramide des âges est particulière puisque nous ne sommes pas beaucoup plus vieux que les personnes que nous recrutons. Une organisation très hiérarchisée, pyramidale, avec une pointe constituée des trois fondateurs et une base de « récepteurs » très large n’aurait aucun sens chez Teads. La société est une locomotive où il faut 16493587015_7c50ac3d98_ksavoir s’impliquer, repousser ses limites, aller plus loin que ce que l’on peut imaginer, à l’image des positions acquises par l’entreprise sur le marché en l’espace de quatre ans. Les développeurs, les designers, les commerciaux doivent être prêts à jouer le jeu et pourront profiter d’opportunités uniques de carrière de par la croissance de Teads. Il s’agit d’une expérience professionnelle très forte. D’ailleurs nous sommes passés de de 5 à 450 collaborateurs en quatre ans. Dans un tel contexte, il va sans dire que l’ambiance de travail, qu’il s’agisse des bureaux, des salles de travail, des espaces de détente a été pensée pour que chaque collaborateur puisse être à 100% de ses capacités. Nous sommes raccords avec les standards américains en la matière.

Institut Sage : Influence américaine mais racines françaises. Vous allez pourtant vous faire coter au Nasdaq ?

Olivier Reynaud : Oui mais parce qu’une société high-tech comme la nôtre trouvera un environnement plus approprié au Nasdaq que sur Euronext. S’agissant des racines françaises, les centres de développement bénéficient d’un environnement d’excellente qualité notamment en termes de viviers de talents. J’ajouterai, en tant que fondateur d’une entreprise encore jeune, que l’environnement économique en France, par ailleurs si décrié, permet de bénéficier de bien plus d’aides qu’on ne l’imagine en général. Il faut le dire : créer une start-up en France c’est possible et cela fonctionne. Je ne constate pas à l’heure actuelle de grisaille dans entrepreneuriat français, bien au contraire. Si c’était à refaire je créerai à nouveau une entreprise depuis la France. Et j’attaquerai très vite les Etats-Unis !

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