Le numérique accélère la croissance pour Olivier Carré, Président du groupe PME à l’Assemblée nationale

Olivier Carré

Olivier Carré

Institut Sage : Oliver Carré, vous êtes député du Loiret et co-président du groupe d’études PME à l’Assemblée nationale. Comment selon vous vont les PME françaises?

Oliver Carré : Un peu mieux. Excepté dans la construction, l’environnement économique a cessé de se dégrader dans tous les secteurs et même dans l’industrie. Il est vrai que la baisse du prix du pétrole, conjuguée à un euro faible et des taux d’intérêt historiquement bas, sont autant de bouffées d’oxygène pour les PME au bord de l’asphyxie après plus de trois ans de destruction de richesses.

Institut Sage : Pensez-vous que le début d’une reprise aidant, les PME vont sortir de leurs tiroirs leurs projets d’investissement ?

Oliver Carré : Les PME n’ont toujours pas digéré la crise. Les trésoreries sont épongées et les carnets de commandes, ces dernières années, se sont vidés, alors que les coûts de production sont restés élevés. Après cinq années de désinvestissement, elles vont devoir se ré-équiper, même si pour l’heure l’encéphalogramme est désespérément plat. Notons que la France a toujours eu un temps de retard. Je le répète les besoins sont pressants.

Institut Sage : La France ne manque pas d’épargne et pourtant, les entreprises ont toujours autant de mal à se financer ?

Oliver Carré : Effectivement. Pourtant il existe une palette d’aides au financement, notamment par Bpifrance. Reste que le défi d’une entreprise, pour décrocher ces aides, est bien souvent tout simplement de décrocher le premier euro de fonds propres… Sans compter les contraintes réglementaires qui pèsent sur les banques et qui posent clairement la question de leur capacité bpifrance_RVB_fd_blancà financer les PME aujourd’hui et demain lorsque la reprise sera solidement enclenchée. Car en France, les établissements bancaires assurent 80% des financements. Du coup, les entreprises ont accumulé du retard en matière de robotique et de machines-outils depuis la crise de 2008. Les capacités de production dans les usines ne se modernisent pas provoquant inévitablement une baisse de la compétitivité du made in France.

Institut Sage : Pensez-vous que si une véritable relation de confiance s’établissait entre les grands groupes et les PME, le climat serait plus favorable à l’investissement ?

Oliver Carré : Les relations entre sous-traitants et donneurs d’ordre ont toujours été difficiles. La pression qu’exercent les grands groupes a contraint les PME à s’enferrer dans une logique déflationniste. Or sans marge, il ne peut y avoir d’investissement et sans investissement, difficile d’inverser la courbe du chômage. Entre grandes et petites entreprises, il faut passer à une logique collaborative, partenariale. Il y a souvent de bonnes intentions et peu de faits dans les actes.

Institut Sage : C’était il y a presque deux ans, sur le plateau du 20 Heures de France 2, François Hollande promettait de lancer un grand choc de simplification pour faciliter la vie économique et réduire les tracasseries bureaucratiques. Vous lui répondez, enfin ?

Oliver Carré : Effectivement, pour les entreprises, l’enjeu est indéniable. Le trop-plein de normes et de démarches coûterait près de 3% du PIB français, selon les estimations de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Pire que les 35 heures ! Mais le choc de simplification interfère toujours avec la complexité du droit du travail. Prenez le cas du compte pénibilité ou des stages ou de l’alternance, par exemple. Ces réformes

Thierry Mandon

Thierry Mandon

récentes siphonnent l’efficacité du travail de Thierry Mandon, le ministre en charge de la simplification. C’est incompréhensible et cela nuit considérablement à la confiance des entrepreneurs. Tant que le climat de défiance prévaudra en France, il ne pourra se créer du business friendly. Il est bon de rappeler que les entreprises sont majeures et responsables, bien avant même de signer le pacte de responsabilité, en dépit même des embûches qu’elles sont contraintes de surmonter.

Institut Sage : Pensez-vous que les PME se sont engagées dans le virage du numérique qui marque le 21ème siècle ?

Oliver Carré : Le numérique a réinventé les processus et permet ainsi d’améliorer la qualité des produits grâce à l’innovation. Il change aussi le comportement des consommateurs. En bref, un nouveau modèle économique est en train de naître sous nos yeux sans même que l’on en mesure toutes les conséquences. Les start-up ont sauté à pied joint sur cette nouvelle révolution en marche, affichant en quelques années de taux de croissance à deux voire trois chiffres. D’autres en revanche, en sont encore exclus. La transformation numérique de pans entiers de l’économie est désormais une question de survie. L’informatique et l’Internet redéfinissent les contours des organisations, des modèles économiques, des métiers…

Institut Sage : Vous parlez d’une troisième révolution industrielle qui arrive à grand pas. Quelle est-elle ?

Oliver Carré : La micro-industrie a visiblement de beaux jours devant elle, même si pour l’heure, nous ne sommes qu’au tout début de ce mouvement. Prenons les imprimantes 3D. Elles vont complètement modifier la chaîne de distribution des produits physiques. Il sera bientôt possible de faire fabriquer ses propres objets localement que l’on ira chercher dans une boutique équipée d’une imprimante 3D. Viendra également l’Internet des objets, qui commence à voir des appareils  à communiquer entre eux et interagir. La France a une part majeure à prendre dans cette économie-là. Il suffit qu’on laisse un peu tranquille les entreprises et elles pourront alors se consacrer sur l’essentiel : leur croissance.

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