La transmission d’entreprise crée du business, selon Laurent Benoudiz

Laurent Benoudiz

Laurent Benoudiz

Selon l’observatoire de la transmission d’entreprises élaboré par l’association Cédants & Repreneurs d’Affaires (CRA), la transmission externe des PME-PMI de 5 à 100 salariés représente jusqu’à 7 000 entreprises par an, à 62% pour cause de retraite. Le repreneur potentiel moyen – avec seulement 6% de femmes ! – est âgé de 46 ans, diplômé d’études supérieures, avec un apport personnel compris entre 150 000 et 300 000 euros. Les PME (production et bâtiment) représentent 58% des entreprises à reprendre en 2012 avec un C.A. moyen (1,53 million d’euros). La valeur demandée moyenne est passé de 609 000 euros en 1995 à 720 000 euros en 2013 (947 000 euros en 2010). Enfin, l’effectif moyen des entreprises cédées est passé, en 18 ans, de 18 à 11 personnes. Outre les PME, la dernière étude en date sur la transmission a été réalisée avec les chiffres de 2012 par Banque Populaire – Caisse d’Epargne (BPCE) via son Observatoire. Il ressort que plus de 15 000 transmissions ont été réalisées cette année et qu’environ 5 000 entreprises disparaissent chaque année menaçant en cela jusqu’à 125 000 emplois !

Afin de lutter contre ce phénomène et d’avertir les cédants et repreneurs, un notaire, Fabrice Luzu (Etude 1768), et deux experts-comptables, Jean-Luc Scemana (Président du Comité Transmission d’entreprise du Conseil supérieur de l’Ordre des Experts-Comptables) et Laurent Benoudiz (Bewiz), se sont réunis pour concocter un ouvrage, La Transmission d’Entreprise (Collection L’Expert en Poche des éditions ordre des Experts-Comptables). « La transmission d’entreprise, notamment familiale, reste assez faible en France face à l’Italie et l’Allemagne », souligne Laurent Benoudiz. « Trois obstacles freinent la cession : la fiscalité, la méconnaissance des processus et la difficulté, surtout pour les TPE, de retrouver un repreneur. »

Les TPE peinent à trouver un repreneur

La Transmission d'EntrepriseOr s’agissant de la fiscalité, Laurent Benoudiz estime qu’il ne s’agit pas « d’un vrai problème car les dispositifs existants sont efficaces mais mal connus – même des conseils – et pour cela l’Ordre des Experts-Comptables de Paris a mis en œuvre une Journée de la transmission en vue d’informer les chefs d’entreprises et de former les experts-comptables sur la transmission. Le problème découle de peur irrationnelle, notamment liées à l’ISF, alors que l’environnement s’avère favorable grâce à  trois dispositifs qui se cumulent et rendent quasi-indolore la transmission à titre gratuit si elle est anticipée. Cela concerne par exemple la transmission familiale avec engagement de conservation de titre sur six ans. Le Pacte Dutreil permet ainsi un abattement de 75% sur la valeur de l’entreprise qui peut être complété par une réduction de 50% du montant des droits (si la donation est réalisée avant 70 ans) et d’un paiement différant le paiement de ceux-ci sur quinze ans avec 0,7% en taux d’intérêts. Et, lors des transmissions onéreuses, la réforme 2012 a mis en place un dispositif certes plus complexe, avec un abattement fiscal qui varie selon la durée de conservation des titres, mais faisant passer l’imposition sur la plus-value en moyenne de 36,5% à 21%. Toutefois ces dispositifs restent peu connus et très complexes. »

Jean-Luc Scemana

Jean-Luc Scemana

Outre la fiscalité, la méconnaissance des procédures et le manque d’interlocuteurs dédiés pour transmettre son entreprise demeurent un frein pour développer cette pratique. De plus, « il existe une difficulté pour les TPE pour trouver un repreneur alors que beaucoup de repreneurs potentiels s’intéressent à des entreprises comptant entre 20 et 50 salariés », affirme Laurent Benoudiz. « Or la typologie des entreprises en France est à moins de 10 salariés, essentiellement des artisans et commerçants. Une autre difficulté concerne la mise en relation entre acheteur et vendeur. Il existe certes des sites internet mais rien de comparable avec l’immobilier par exemple. Il n’y a pas de solutions simples et qui fonctionnent. Les plus grandes entreprises peuvent compter sur des banques d’affaires, parfois des indépendants en réseaux. Alors que, pour les commerces, les agents immobiliers s’en occupent mais cela reste très fragmenté, local et fonctionne sur la confidentialité. »

La transmission d’entreprise insuffle un nouveau dynamisme

Fabrice Luzu

Fabrice Luzu

Enfin, un aspect à ne pas négliger pour pérenniser l’entreprise : « la frilosité du chef d’entreprise », indique Laurent Benoudiz. « D’autant que l’obligation de la Loi Hamon d’annoncer aux collaborateurs la vente s’apparente à une fausse bonne idée compte tenu de sa nature anxiogène. Cela revient à être contreproductif et peut entraver la recherche d’un repreneur. A contrario, s’agissant des PME ou ETI familiales, la problématique de transmission est intégrée dès le début, donc ancrée dans la tête du chef d’entreprise, il est donc au fait de la succession et y travaille en amont. En revanche, les créateurs de leur entreprise ne sont pas dans une optique de cession, ils vivent pour leur entreprise. Néanmoins, cela se voit moins dans les générations actuelles qui ont intégré le cycle de cession – vente. »

Il faut avoir en tête que « la transmission d’entreprises crée du business au travers de l’innovation, de l’envie de développement et d’une nouvelle dynamique qu’insuffle le repreneur », poursuit-il. « Nous devons sensibiliser les chefs d’entreprise et les conseils à préparer la transmission comme une étape naturelle et logique de l’entreprise. Plus le chef d’entreprise anticipe plus l’opération se simplifie, surtout si le cédant s’entoure d’une équipe de conseils qui travaillent ensemble. »

 

Pour en savoir +

L’Observatoire de Banque Populaire – Caisse d’Epargne (BPCE) a fait une synthèse sur les cessions d’entreprises. Voici quelques pistes majeures :

La cession d’entreprise dans les dix prochaines années

-        21% des dirigeants de PME françaises envisagent de céder leur entreprise dans les dix ans qui viennent (source : étude Grant Thornton).

-        500 000 à 700 000 entreprises seraient à céder, en France, au cours des dix prochaines années (source : Association française des investisseurs en capital).

Les motivations de la cession-reprise d’entreprise

-        53% des cédants veulent préparer leur retraite (source : baromètre CCIEEF – CSOEC).

-        39% des acheteurs se lancent pour le plaisir d’entreprendre (source : baromètre CCIEEF – CSOEC).

Les interrogations des entrepreneurs

-        53,3% des entrepreneurs estiment qu’ils manquent d’information pour estimer la valeur de leur entreprise (source : Observatoire de la petite entreprise de la Fédération des centres de gestion agréés/Banque Populaire).

-        50% des cédants n’ont pas d’idée sur la nature du repreneur éventuel de leur entreprise (source : Observatoire de la petite entreprise de la Fédération des centres de gestion agréés/Banque Populaire).

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