Le livre La France 3.0 de Christian Saint-Etienne propose des réformes du sol au plafond

Christian St Etienne La France 3.0Lorsque  l’on arrive au bout d’un paradigme, il faut se voir autrement. C’est vrai pour une entreprise comme pour un Etat. Il ne s’agit pas seulement de faire mieux ou plus ou un peu moins mais bien de réaliser le grand saut créatif qui permettra de créer une rupture. C’est ainsi que de grands groupes industriels se sont totalement réinventés. Mais le succès n’est pas garanti car plus une entité est vaste, composée de nombreux experts et sure d’elle-même, plus il sera difficile d’être créatif. Ce qui est déjà fort complexe à l’échelle d’une grande entreprise l’est encore bien davantage à l’échelle d’un Etat. Mais les conséquences de l’immobilisme sont sans commune mesure.

C’est pourquoi, dans son ouvrage La France 3.0. Agir, espérer, réinventer, l’économiste et professeur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)  Christian Saint-Etienne, appelle le pays à effectuer de profondes réformes pour ne pas rater la troisième révolution industrielle, celle des technologies de l’information qui a déjà complètement transformé le système de production et de distribution. Ainsi, explique-t-il, les banques sont devenues de gros ordinateurs et Publicis est une entreprise industrielle car basée sur des processus normés et informatisés. « Si nous ratons une marche, le déclassement peut être énorme », prévient Christian Saint-Etienne. La France possède un potentiel intellectuel, culturel et scientifique complètement adapté à cette révolution . Sa capacité d’innovation et ses talents ont encore récemment fait l’admiration des Américains au dernier salon CES de Las Vegas, rappelle l’économiste. « Nous avons par exemple de très belles réussites dans le secteur des objets connectés »,  relève Christian Saint Etienne. Alors où est-ce que le bât blesse ?

Réformer nos organisations et nos institutions

Notre système fiscal, notre marché du travail, nos organisations, nos institutions sont encore marqués du sceau de la deuxième révolution industrielle, à savoir l’électricité, qui a débuté en 1880, et sont pensés pour la grande entreprise. Or, le rôle de l’acteur-réalisateur est aujourd’hui tenu par l’entreprenariat. « Il faut opérer une réforme fiscale majeure pour inciter les entrepreneurs à investir dans cette troisième révolution industrielle. Mais le durcissement de la fiscalité sur les plus-values ne va pas du tout dans ce sens », observe Christian Saint Etienne. Il conviendrait également de déconstruire les organisations massifiées très hiérarchisées que la France adore et ce, depuis Louis XIV ! L’économiste prône de favoriser massivement l’actionnariat salarié et, côté marché du travail, d’inventer un contrat de collaboration. Ce dernier pourrait s’avérer beaucoup plus adapté à l’univers numérique par exemple. Les clauses d’exclusivité dans le vaste monde des développeurs d’applications qui ont envahi nos téléphones intelligents sont tout simplement  inenvisageables. Mais Christian Saint Etienne ne s’arrête pas là.

christian-saint-etienneL’Etat comme stratège

La logique réformatrice nécessitée par la troisième révolution industrielle ne doit pas buter aux portes de l’Etat et des collectivités territoriales. Bien au contraire. « La cinquième république est celle de la seconde révolution industrielle et de la grande entreprise. La troisième révolution industrielle est, elle, associée, à un phénomène dit de métropolisation de la croissance. Ce sont ces entités qui tirent les territoires », estime l’économiste qui poursuit : « il faut donc redessiner la carte des institutions afin de créer une quinzaine de métropole de combat de taille européenne telles que le Grand Paris, le Grand Lyon etc.. Puis mailler le territoire avec une cinquantaine de grandes villes capables de tirer le pays et l’ensemble des territoires ».

Et l’Etat quel rôle doit-il jouer ? A l’instar d’autres observateurs de l’économie, Christian Saint Etienne, lui voit  jouer, avant tout, un rôle de stratège qui incite et coordonne sans pour autant décider. Enfin, l’économiste appelle à une réforme du Parlement « 300 députés, 100 sénateurs, cela suffit largement » et envisage une modification de la place du Président de la République dans la Constitution « peut-être pour redonner davantage de pouvoir au Premier ministre ».

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