Les ETI parviennent à surfer sur le ralentissement économique selon l’Observatoire de l’information financière

Philippe Blin, Sefac

Philippe Blin, Sefac

L’Observatoire de l’information financière (ATH) s’est penché sur la situation financière de 2000 ETI sur la période 2008 à 2013. Si elles ont réussi à traverser la crise et même enregistrer des performances encourageantes sur la période, il n’en reste pas moins que les ETI, même les plus rentables ont subi une dégradation régulière de leur situation financière, selon Philippe Blin, associé du cabinet Sefac, commissaire aux comptes, co-auteur de l’étude « zoom sur la situation financière de 2 000 ETI, évolution 2008 – 2013.

Institut Sage : L’Observatoire de l’information financière vient de publier une étude sur les ETI en France. Quels sont vos principaux constats?

Philippe Blin : Les 2 000 ETI du panel affichent une activité en hausse de 10,1% entre 2008 et 2013 avec un chiffre d’affaires moyen de 170 millions d’euros en 2013. En termes de rentabilité, l’analyse du panel fait ressortir un montant moyen d’excédent brut d’exploitation de 12,2 millions d’euros, soit un taux d’EBE sur chiffre d’affaires de 7,2%. L’étude  s’est particulièrement concentrée sur la catégorie d’entreprises dont l’EBE est positif, soit 79,3% du panel.  Les deux tiers des ETI, enregistrent des performances encourageantes à première vue mais qu’il faut cependant relativiser. La réalité est que depuis 2008, on constate une dégradation régulière de la situation financière des ETI. Preuve, le taux de rentabilité perd 1 point en six ans.

EBE Observatoire de l'information financière

Institut Sage : Revenons sur leur activité, comment les ETI ont-elles traversé la crise?

Philippe Blin : Après avoir subi un net ralentissement de plus de 8% en 2009, ces entreprises ont quasiment reconstitué leur niveau d’activité moyen en 2010, puis elles ont enregistré un bond de 8% en 2011. Mais en 2012, les carnets de commandes se sont à nouveau dégarnis et le ralentissement s’est confirmé en 2013. Tous les secteurs ont subi le creux de 2009, mais le freinage a été plus brusque dans le commerce et dans  l’industrie. A l’inverse sur les six dernières années, ce sont les secteurs du BTP et des services qui ont le mieux tiré  leur épingle du jeu, avec un bond  de 20% de leur activité sur les six dernières années. Quant aux taux d’exportation, sur la période, il se situe entre 20 et 21% pour les 2 000 ETI et se montre stable. Notons que ce sont plus de 60% des grandes entreprises qui exportent.

CA Observatoire de l'information financière

Institut Sage : Vous disiez que la rentabilité des ETI s’est dégradée ces deux dernières années, comment l’expliquez- vous?

Philippe Blin : Effectivement depuis 2011, une baisse tendancielle de la rentabilité s’est installée. Cette dégradation du taux d’excédent brut d’exploitation (EBE) sur chiffre d’affaires traduit le poids des structures et des charges, notamment du coût du travail, difficile à comprimer et à absorber par une trop faible croissance de l’activité. Selon notre enquête, 1 725 entreprises sont bénéficiaires, elles étaient 1 799 en 2008. L’enquête nous révèle qu’il existe une prime à la taille. En d’autres termes, les grandes ETI ont bien mieux résisté, car elles sont parvenues à optimiser leurs coûts. D’un point de vue sectoriel, dans le secteur du bâtiment la chute a été la plus violente (-65%), en dépit d’une hausse  de l’activité. Quant à la rentabilité nette, elle a naturellement suivi l’évolution, en plus marquée que l’excédent brut d’exploitation. Après la chute de 2009, les taux de rentabilité se sont légèrement reconstitué s’en 2010 et 2011 pour de nouveau baisser en 2012 et 2013. Le taux de Rex sur chiffre d’affaires est passé de 5,4% à 4,3%. Il a, comme l’EBE, perdu 1 point.

CA par secteur d'activité Observatoire de l'information financière

Institut Sage : Les ETI ont-elles réussi à maintenir à flot leur trésorerie ?

Philippe Blin : Dans l’ensemble, les entreprises conservent un niveau de trésorerie net moyen (9,3 millions d’euros en 2013) qui peut sembler satisfaisant, puisqu’il augmente de 44.8 % par rapport à 2008. Mais cette relative bonne situation des trésoreries reflète la très grande prudence de la part des chefs d’entreprise qui souhaitent vraisemblablement se doter d’un volant de sécurité pour faire face à d’éventuelles difficultés. Sauf que cette prudence excessive pèse inévitablement sur l’investissement. D’autant  que l’endettement moyen continue d’augmenter.

Résultats nets Observatoire de l'information financière

Institut Sage : Quelles sont vos perspectives à moyen terme ?

Philippe Blin : Il est impératif que la rentabilité de ces sociétés se rétablisse car les projets d’investissement risquent d’être reportés. Heureusement, le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE) devrait apporter une bouffée d’oxygène grâce aux 20 milliards d’euros qui devrait être injectés dans l’économie en 2014. A cela vient s’ajouter la baisse incroyable du prix du pétrole, qui représente, pour les entreprises, une économie de coûts.

Résultat net ensemble Observatoire de l'information financière

Institut Sage : Et à plus long terme ?

Philippe Blin : Le passage au numérique va continuer à engendrer de nouvelles opportunités, mais également de nouveaux services qui créeront de la valeur ajoutée. Un moyen pour les entreprises de reprendre la main sur leurs prix de vente et ainsi d’améliorer leurs marges. Les services de véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) Uber servent d’exemple.

Capacité autofinancement Observatoire de l'information financière

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