La mécatronique au service de l’avenir

Laurence Chérillat, Artema

Laurence Chérillat, Artema

Institut Sage : Laurence Cherillat, en tant que Déléguée générale d’ARTEMA, le syndicat des industriels de la mécatronique, pouvez-vous nous parler de ce secteur méconnu ?

Laurence Cherillat : En premier lieu, il est important de rappeler que mécatronique et robotique ne sont pas synonymes : la robotique utilise la mécatronique, mais la mécatronique n’est pas limitée à la robotique. Cependant, elles sont effectivement intimement liées : les évolutions de ces deux domaines s’enrichissant mutuellement. Plus concrètement, la mécatronique est une nouvelle technologie qui allie dans un même produit et dès la conception, la mécanique, l’électronique, l’informatique et les technologies de l’information. Le secteur est nouveau et voué à de belles perspectives, car en réunissant  l’ensemble de ces compétences, on apporte de l’intelligence aux produits et systèmes mécaniques. La mécatronique que l’on retrouve cachée dans les machines, les robots, les trains ou les voitures, permet notamment l’optimisation de la maintenance préventive. Par exemple, dans le secteur des papeteries, si l’on y intègre des roulements mécatroniques incorporant des capteurs, la surveillance peut se faire à distance. Un moyen de surveiller le process, d’anticiper l’usure et donc  de programmer le remplacement d’une pièce.

Institut Sage : Quel est le rôle d’Artema?

Laurence Cherillat : Comme tout syndicat professionnel, son rôle est tout d’abord la défense et la promotion des professions que l’on représente. Nous sommes actifs dans les domaines économiques et techniques. Artema est affilié à la Fédération des Industries Mécaniques.

Institut Sage : Quel marché représente le secteur de la mécatronique ?

Laurence Cherillat : Le marché  est estimé à 5,6 milliards d’euros et génère plus de 28 000 emplois dans des PME, des grands groupes ou des ETI. La moitié de la production est exportée. La France a su se positionner sur le marché grâce aux évolutions technologiques et à la miniaturisation (notamment celle des capteurs). Notre handicap est que le marché principal de ces produits à forte technologie est celui des machines industrielles, marché où la France compte moins d’acteurs que nos voisins allemands ou italiens. Heureusement le secteur des transports compense et dynamise le marché.

Institut Sage : Comment se portent les PME et les ETI françaises du secteur mécatronique ?

Laurence Cherillat : Elles se portent plutôt bien. Le chiffre d’affaires engendré par le secteur devrait progresser de 2% en 2014 grâce à l’exportation vers les marchés européens, l’Allemagne en tête, mais aussi les Etats-Unis et la Turquie.

Institut Sage : Mécatronique et robotique sont intimement liées. Quels sont pour vous les challenges que devra relever le secteur ?

Laurence Cherillat : D’un point de vue technologique, le premier défi est d’arriver à optimiser la production, car la partie conception est plutôt bien maitrisée. L’autre défi pour les entreprises du secteur est d’arriver à maitriser l’industrialisation de la mécatronique qui permettra de développer des solutions à forte valeur ajoutée mais aussi compétitives, et qui permettra d’inscrire la mécatronique et la robotique définitivement dans le développement durable : machines adaptées et plus économes, process plus propres… et dans l’usine du futur : machines connectées, surveillance. Robotique et mécatronique peuvent donc également servir cette industrialisation. Le dernier défi reste humain. Les PME devront recruter des ingénieurs, des chercheurs et des professionnels de la maintenance, et des commerciaux qui ne vendront plus des produits mais des solutions et des fonctions. Les PME devront sans doute lier des partenariats pour avoir accès aux briques technologiques qu’elles ne pourront pas intégrer dans leur propre organisation. Et là encore, les partenaires potentiels ne sont pas toujours identifiables.

Institut Sage : Artema a créé un groupe professionnel Mécatronique auquel participe le Centre de recherche technique des mécaniciens (Cetim), le réseau technologique Thésame (centre de ressources en mécatronique, gestion industrielle et management de l’innovation), l’Union de Normalisation de la Mécanique (UNM) et l’UTC de Compiègne : pourquoi ?

Laurence Cherillat : Pour mettre en commun nos connaissances et les travaux du domaine, donc éviter que chacun travaille dans son coin sur les mêmes sujets. Quatre domaines principaux sont suivis dont les problématiques de formation : besoins des industriels, contenu des formations mécatronique, diplômes… et également sensibiliser les jeunes aux métiers des entreprises de la mécatronique.

Institut Sage : Le projet robotique qui pour vous est le plus innovant aujourd’hui ?

Laurence Cherillat : Plutôt que le projet robotique, nous travaillons sur l’usine du futur. Un enjeu de taille, pour conserver nos usines en France. Mais les enjeux ne sont pas que technologiques, ils sont également organisationnels et humains. Car pour réindustrialiser notre pays, il nous faut garder des hommes qui seront les acteurs du nouvel atelier français.

Institut Sage : En quoi le numérique peut aider les entreprises du secteur à se développer ?

Laurence Cherillat : Il est évident que le développement des entreprises du secteur passe par le numérique. Mais il faut engager une démarche pédagogique proactive. En d’autres termes, expliquer les avantages à prendre le virage du numérique et comment le mettre en œuvre. Les PME sont pragmatiques, elles veulent matérialiser les avantages avant de s’engager. A nous de les convaincre.

Institut Sage : En terme de gestion par le numérique, quels sont les besoins du secteur ?

Laurence Cherillat : Enormes. Le numérique est un outil de performance pour les PME, mais pas suffisamment utilisé, sauf par les nouvelles générations.  Le basculement va se faire progressivement. Cependant, sans attendre le changement de génération, il me parait nécessaire de former les PME aux outils numériques, à leur mise en œuvre en entreprise, à leur utilisation et à la gestion de la cyber-sécurité.

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