Comment financer son entreprise sans l’aide de son banquier

Yvon Gattaz miniature« En plus d’un demi-siècle d’entrepreneuriat, je n’ai jamais vu un projet solide qui n’a pas trouvé de financement. Et c’est d’autant plus vrai aujourd’hui ». Yvon Gattaz, le patron des patrons du temps du CNPF (l’ancien Medef) est catégorique : il n’a jamais été aussi facile d’entreprendre qu’aujourd’hui, tant les sources de
financement sont nombreuses et accessibles. Et jamais si peu risqué.

Mais « à condition que le projet soit solide », nuance
Philippe Bayeux, directeur régional Ile-de-France Est de Bpifrance.

 

Au delà des prêts bancaires qu’un entrepreneur a du mal à décrocher actuellement, bon nombre de solutions sont possibles selon le type d’activité ou la taille de l’entreprise. Au premier rang desquelles, utiliser son apport personnel en mobilisant son épargne et celle de ses proches (Love Money). Viennent ensuite les possibilités de faire appel au financement participatif, d’obtenir des prêts d’honneur, d’ouvrir son capital à des investisseurs, de décrocher des aides sociales et financières et de gagner des concours.

 

Love money 

Le plus important lorsqu’on démarre une entreprise, reste les moyens que le créateur est en mesure de rassembler pour amorcer la création. Cette étape d’amorçage s’avère la plus difficile à actionner. Pour cette raison, les futurs entrepreneurs s’adressent souvent à leurs amis ou à leur famille. L’investissement affectif de proximité ou Love Money désigne l’ensemble des capitaux apportés à la création d’entreprise par son environnement proche. Généralement, ils permettent d’amorcer le projet. Pour autant, il serait erroné de considérer que ces investisseurs, pas tout à fait comme les autres, sont complètement désintéressés.

Si les espérances de gain ne sont pas leur première motivation, la Loi pour l’Initiative Économique les incite souvent à passer à l’acte. En effet, les articles 29 et 30 prévoient des exonérations d’impôts élevées pour les personnes physiques qui investissent dans le capital de PME non cotées lors de leur création ou au cours de leur développement. L’article 29 prévoit ainsi que ces dernières bénéficient d’une réduction d’impôt égale à 25% des versements effectués, versements plafonnés à 20 000 euros pour un célibataire et à 40 000 euros pour un couple marié. L’article 30, quant à lui, prévoient que les personnes physiques ayant souscrit, en numéraire, au capital d’une société non cotée, déclarée en cessation de paiement dans les 8 ans suivant sa constitution, peuvent bénéficier d’une déduction égale au montant de leur souscription. La déduction est limitée à 30 500 euros par an pour un couple marié et 15 250 euros pour les autres contribuables.

 

Financement participatif ou Crowdfunding

Aujourd’hui, via des plateformes Internet, les futurs entrepreneurs peuvent entrer en contact. Cette technique, le crowdfunding, permet de multiplier à l’infini les investisseurs, et du coup réduire le montant moyen engagé. En France, KisskissBankBank est l’un des leaders du financement participatif est dédié aux projets créatifs et innovants. D’autres acteurs, comme Anaxago, rapprochent aussi des entreprises innovantes à la recherche de financement et des investisseurs particuliers qui souhaitent participer financièrement à l’aventure. Les levées de fonds peuvent atteindre jusqu’à 500 000 euros. Mais, pour fonctionner, les plateformes prennent une commission sur le montant des sommes récoltées (5 à 12 %).

Le système fonctionne simplement. D’un côté l’épargnant, qui souhaite investir un peu d’argent dans un projet coup de cœur, de l’autre le porteur d’un projet de création d’entreprise qui ne possède pas les fonds nécessaires au démarrage de son activité et ne souhaite pas faire appel au crédit bancaire. Le fonctionnement simple de cette forme de financement présente aussi l’avantage de la transparence pour l’épargnant. Celui-ci sait ce qu’il finance et le fait par choix et selon ses valeurs.

Ce mode de financement s’adresse à toutes les sortes de projets. Généralement, les sites de mise en relation sont thématiques : projets culturels, sociaux, environnementaux, innovants, numériques, etc… Trois formes d’apports sont possibles. Le don modique, appelé aussi présent d’usage, prévoit que la rémunération de l’épargnant est sans contrepartie financière, mais peut s’opérer sous forme d’un objet, une entrée gratuite pour un spectacle, un CD… Autre formule : la participation aux fonds propres de la société créée. La rémunération de l’épargnant se fait alors par les dividendes ou par la plus-value réalisée lors de la cession des titres. Enfin, le prêt est possible, mais seule la collecte de prêts sans intérêts est ouverte aux particuliers.

Les principaux sites 

www.mymajorcompany.com

www.babeldoor.com

http://fr.ulule.com

www.kisskissbankbank.com

www.anaxago.com

Spécialisés dans le micro-crédit 

www.babyloan.org/fr  

www.kiosktoinvest.com

www.sparkup.fr/

http://tousnosprojets.bpifrance.fr  

http://www.alloprod.com (le site recense les plateformes dans un annuaire consultable par catégorie de projets).

 

Prêts d’honneur

David Pouyanne, Président du réseau Entreprendre et créateur et DG du Groupe DPG

David Pouyanne, Président du réseau Entreprendre et créateur et DG du Groupe DPG

« C’est un outil formidable qui a fait ses preuves ! », explique David Pouyanne, président du réseau Entreprendre. « Le prêt d’honneur est un prêt à la personne, ce qui signifie que le prêteur ne s’implique pas directement dans l’entreprise. Il offre de nombreux avantages : taux  zéro, aucune caution, aucune garantie demandée et souvent attribué avec un différé de remboursement. Son intérêt réside dans son utilisation, puisqu’il peut être porté au capital de l’entreprise ou sur le compte courant. Il permet ainsi de consolider ses capitaux propres. » Et ce n’est pas tout. En cas d’échec de l’entreprise, aucune action contentieuse ne sera engagée. Il reviendra au créateur de définir par lui-même – dans son honneur – ce qu’il peut rembourser et quand. Tous les types de projets (en milieu rural, à vocation sociale ou écologique, à haut potentiel de développement, ou à contenu technologique) ont vocation à être financés par un prêt d’honneur, si les porteurs démontrent leur viabilité potentielle. Les montants peuvent s’étaler de 2 000 à 50 000 euros, voire jusqu’à 90 000 euros pour des projets très innovants. Enfin, tous les porteurs d’un projet de création ou de reprise d’entreprise, mais aussi les dirigeants d’entreprises de moins de trois ans. Les critères de recevabilité varient d’un organisme à l’autre.

A qui s’adresser 

www.initiative-france.fr

www.reseau-entreprendre.org

www.adie.org 

www.franceactive.org

www.initiative-france.fr

 

Capital-risque

Afin de mener à bien une phase d’amorçage financièrement lourde, le créateur peut faire appel au capital-risque pour que les investisseurs intéressés par le projet prennent en charge une partie des dépenses à couvrir. Le capital-risque représente une prise de participation par un ou des investisseurs, généralement minoritaire, au capital de sociétés non cotées. L’objectif de l’investisseur étant de participer financièrement au développement d’entreprises innovantes à fort potentiel de croissance et de réaliser une plus-value substantielle lors de la cession de ses titres.

La décision d’entrer au capital de la société est risquée et exige du futur entrepreneur un business plan solide. La participation au capital entraîne de facto la possession d’une partie du pouvoir par les droits de vote aux assemblées qu’ils détiennent. Le capital-risque est mis en œuvre par des sociétés de gestions qui gèrent des fonds comme les sociétés de capital-risque (SCR), fonds communs de placement à risque (FCPR), fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI), fonds d’investissement de proximité (FIP). Parmi les capital-risqueurs, on trouve aussi les business angels, généralement des particuliers, issus en général du monde des affaires prêts à investir dans des projets innovants.

Qui contacter 

AFIC (Association française des investisseurs pour la croissance), Bpifrance, France Angels.

Fonds privés 

Association Leonardo, Chausson Finance, MGT, MBA Capital, Finance & Technologie.

Sur le terrain 

Se rapprocher des collectivités locales, des services économiques du conseil régional.

 

Les aides sociales et financières

Des aides financières, aux allègements fiscaux, en passant par les exonérations de charges sociales, il existe une pléthore d’aides publiques à la création d’entreprise, mise en place à l’initiative de l’Etat ou des collectivités territoriales. Aux dispositifs publics viennent s’ajouter les initiatives privées (fondations, associations, grandes entreprises…), toutes aussi nombreuses.

Certaines aides s’adressent à un large public, d’autres ne concernent que des types de projets bien déterminés, souvent soumis à des conditions restrictives. Du coup, devant une telle diversité des dispositifs, il n’est pas facile de s’y retrouver. Pour y voir plus clair, le site de l’APCE (Agence pour la création d’entreprises) recense bon nombre d’aides.

 

Les concours

Prix du Moovjee, Petit Poucet, Talent des cités, Graine de Boos, Prix de l’étudiant Entrepreneur en Economie Sociale, Bourses déclics jeunes de la Fondation de France, Concours Cré’Acc… Les concours proposés aux jeunes créateurs d’entreprise sont nombreux et variés mais ils ont tous un point commun : récompenser les  talents pour leur originalité et leur exemplarité. Le site de l’APCE permet également d’identifier la liste des concours.

 

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