Yvon Gattaz : La croissance d’une entreprise dépend de l’instruction de son créateur

Yvon GattazInstitut Sage : Yvon Gattaz, vous êtes le fondateur de l’entreprise industrielle spécialisée dans les composants d’interconnexion Radiall, ancien président du Medef et créateur de l’association Jeunesse et Entreprises. Quel message souhaitez-vous transmettre à travers votre dernier livre, La Double Révolution, paru aux éditions Eyrolles ?

Yvon Gattaz : En dévoilant les mystères de la création d’entreprise, j’ai voulu prouver à la jeunesse qu’il était possible d’entreprendre en partant de rien, même lorsque le contexte économique est difficile. Quant aux jeunes dirigeants, à eux, je souhaite leur transmettre cette volonté d’avancer et de grandir.

Institut Sage : Vous portez un regard très optimiste sur la création d’entreprise. Comment se porte aujourd’hui l’entrepreneuriat dans notre pays ?

Yvon Gattaz : Très bien. Durant 40 ans, nous avons été en queue de peloton européen en matière de création d’entreprises. Aujourd’hui, nous sommes les premiers de la classe. Grâce à l’APCE (l’Agence pour la création d’entreprise) en 1996, puis à la création du statut d’auto-entrepreneur en 2009, nous avons franchi la barre des 400 000 créations, et nous sommes même loin devant notre voisin allemand. Mais il en aura fallu du temps et de l’énergie pour convaincre les entrepreneurs en herbe à concrétiser leur projet. Cette bataille pour la création, c’est la première de La Double Révolution que j’explique dans le livre, oui, celle-ci, oui nous l’avons gagnée. Enfin.

Institut Sage : Quel regard portez-vous sur la jeune génération d’entrepreneurs ?

Yvon Gattaz : Je la trouve remarquable. Les fameux enfants rois que Françoise Dolto a dépeint comme impatients, impulsifs, insatisfaits et bien souvent paresseux, sont en réalité des créatifs et des passionnés, même avec des écouteurs dans les oreilles. Ces jeunes de la  fameuses génération Y, nés avec l’informatique, sont de vrais scientifiques. Et c’est grâce à sa jeunesse que la France a sauté à pieds joints dans le 21ième siècle. Avec le numérique, les possibilités de créations se sont multipliées à l’infini. Et l’innovation créatrice peut prendre de nombreuses formes. Elle ne se limite pas à la seule découverte technologique. On peut modifier un procédé de fabrication ou améliorer un produit, un service et une application.

Institut Sage : Vous dites dans votre livre, qu’il est plus facile d’entreprendre aujourd’hui. Les patrons ne sont pas tous du même avis. 

Yvon Gattaz : Je confirme, il est mille fois plus facile d’entreprendre aujourd’hui. D’un point de vue administratif d’abord, mais surtout d’un point de vue psychologique. La création d’entreprise est devenue honorable. Lorsque mon frère et moi, alors tout jeunes ingénieurs, avons lancé Radiall, l’entreprise est née dans le fond d’une cour. Car à l’époque, entreprendre était honteux, et encore plus pour un diplômé.

Institut Sage : Vous dites que si la France a gagné la bataille de la création d’entreprises, elle a perdu celle de la croissance que vous nommez la deuxième révolution…

Yvon Gattaz : Effectivement. Le cap que nous n’avons pas réussi à franchir est celui de faire grandir nos PME. Alors que le Japon compte 40% d’ETI (Entreprise de taille intermédiaire), l’Allemagne 34% et les Etats-Unis 30%, nous comptabilisons péniblement 5% d’ETI et 94% de PME ! Or c’est tout l’enjeu de la performance. Il faut que la France se dote d’entreprises de croissance, capables de créer de l’emploi et de s’imposer à l’international.

Institut Sage : Comment expliquez-vous que les entreprises n’arrivent pas à grandir ?

Yvon Gattaz : Nous entretenons, en France, ce que j’appelle le culte de l’ourson. Plus il est petit, plus nous le choyons. Plus il souffre, plus nous l’adorons. C’est pourquoi, nous le maintenons sous perfusion, via des aides en tout genre, pour qu’il survive. Une entreprise qui vivote grâce aux subventions, ne pourra jamais grandir. Au mieux elle continuera à survivre, mais sans aucun projet de développement.  A l’inverse, en Allemagne et aux Etats-Unis, on laisse mourir les entreprises boiteuses pour ne soutenir que celles qui sont capables de poursuivre leur croissance. Nous devons parvenir à faire changer les mentalités. La croissance est inévitable, car toutes les entreprises qui ne grossissent pas finissent par mourir. Et puis la croissance a une qualité unique, elle permet d’effacer les erreurs, quelles que soient celles qu’un dirigeant peut commettre, mauvais investissement, surplus de stocks, sureffectifs ou endettement. Au delà des mentalités, l’autre frein à la création d’ETI, est le fameux seuil social. Il s’est créé dans notre pays les clubs des 9 et des 49, parce que le marché du travail reste encore trop rigide. Or le passé l’a prouvé, la flexibilité crée des emplois. La suppression de l’autorisation administrative de licenciement, un combat que j’ai gagné, alors Président du CNPF (ancien Medef) en 1986, a permis en dix-huit mois de sauver 246 000 emplois et de créer 129 000 nouveaux postes, soit un total de 375 000 emplois sauvés. Enfin la dernière raison qui pousse les entreprises à rester naines, est cette peur permanente qui habite l’entrepreneur : peurs juridiques, fiscales et sociales.

Institut Sage : Quelle est la clé pour faire grandir les entreprises ?

Yvon Gattaz : Nous gagnerons cette révolution par l’enseignement supérieure. En effet, les enquêtes que nous avons menées à Jeunesse et Entreprises, l’association que j’ai créée et que je préside, nous ont prouvé que le taux de croissance des nouvelles entreprises était étroitement lié au niveau d’instruction des fondateurs. C’est une révolution capitale. Curieusement, il en est de même pour le taux de survie des nouvelles entreprises au bout de cinq ou dix ans. Mon théorème est le suivant : le taux de croissance d’une nouvelle entreprise dépend du niveau d’instruction de son créateur. Il faut donc que nos élites sortent des autoroutes des administrations et des grandes entreprises pour prendre les grandes nationales de la création d’entreprise. La France a besoin d’eux.

Institut Sage : Sans diplôme, peut-on encore créer en France ?

Yvon Gattaz : Bien sûr que c’est possible. Car pour entreprendre, il faut avoir, avant tout, des qualités de réception, compréhension, analyse et mémoire. Mais également des qualités d’émission, imagination, créativité, combativité, ténacité et charisme. En sorte, des qualités qui ne servent à réussir ni dans les universités, ni dans les grandes écoles.

Institut Sage : Peut-on entreprendre sans argent ?

Yvon Gattaz : Le manque d’argent devient souvent un mythe et peut même être un prétexte pour  ne pas se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Je n’ai jamais rencontré de projet d’entreprise de qualité qui n’ait pu se réaliser par manque de fonds.

Institut Sage : Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur en herbe ?

Yvon Gattaz : D’abord, d’entreprendre jeune. Ensuite, trouver le créneau ou le produit innovant pour pouvoir vendre cher et dégager ainsi des marges importantes. Enfin, sortir de sa zone de confort et prendre des risques. L’entrepreneuriat est une aventure ô combien passionnante. 

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