Le statut de SCOP encore méconnu des salariés souhaitant s’impliquer dans une entreprise

Patricia Lexcellent, Déléguée générale de la Confédération générale des Scop

Patricia Lexcellent, Déléguée générale de la Confédération générale des Scop

Institut Sage : Patricia Lexcellent, vous êtes Déléguée générale de la Confédération générale des Scop depuis octobre 2012. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est une Scop?

Patricia Lexcellent : Une Scop, juridiquement Société coopérative et participative, est une entreprise commerciale de type SA ou SARL dont les salariés sont associés majoritaires au capital. Elle repose sur le principe coopératif de démocratie économique et de répartition équitable des résultats. L’objectif d’une Scop est de permettre à ses salariés d’y exercer ensemble leur métier, de développer leur outil de travail et leur savoir-faire en partageant les risques, les profits, les décisions.

Institut Sage : Alors que pas moins de 630 000 entreprises vont changer de mains au cours des dix prochaines années, selon les chiffres du gouvernement, la Scop semble être une des formes possibles de transmission n’est-ce-pas ?

Patricia Lexcellent : Effectivement, mais avant tout, cette passation n’est possible que si le dirigeant est convaincu que ses salariés sont capables de lui succéder. Et parallèlement, toutes les entreprises ne peuvent pas forcément être reprises. Tout dépend de sa valeur et de son intensité capitaliste. Il est plus facile de transmettre une société de service qu’une industrie. Une fois ce doute levé, le rôle de la Confédération Générale des Scop est donc d’aider les patrons à céder les clés. Faute de quoi, l’entreprise est vouée à disparaître. Chaque année, 10% des PME meurent faute de repreneur.

Institut Sage : Qui sont les repreneurs ?

Patricia Lexcellent : Les salariés de l’entreprise. Mais tous ne sont pas contraints de s’engager. Pour constituer une Scop, il en faut au minimum deux. Ce sont généralement les salariés les plus motivés qui franchissent le pas.

Institut Sage : Sur le terrain, comment le mouvement Scop intervient-il ?

Patricia Lexcellent : Treize unions régionales accompagnent sur toute la France, le cédant et les repreneurs tout au long du processus. Toutes les étapes sont extrêmement importantes. Nous aidons les entreprises à établir un diagnostic financier, à constituer la prochaine équipe dirigeante capable de reprendre l’entreprise, et surtout à évaluer le prix de leur société. Entre estimations et discussions, on finit toujours par tomber d’accord. Ensuite, vient le temps du montage juridique. Nous accompagnons l’entrepreneur lors de la transformation de son statut de SARL ou SA en Scop. Ce cap franchi, se pose la question du financement. La confédération générale des Scop détient un certain nombre d’outils financiers efficaces qui peuvent accompagner les salariés comme des garanties auprès des banques ou des partenaires financiers. Parce que les salariés qui détiennent au moins 51% du capital ont besoin de trouver des financements à l’extérieur. Ultime étape avant le grand bain, la formation et l’accompagnement de la nouvelle équipe. Mais ce qui est avant tout essentiel est de former le futur gérant et ses associés. C’est pourquoi nous avons monté un partenariat avec l’Université Dauphine.

Institut Sage : Pourquoi selon vous, 10% des entreprises meurent encore en France faute de repreneurs ?

Patricia Lexcellent : La principale raison est que la transmission n’est pas anticipée. Également parce que, souvent, les salariés n’osent pas se positionner en repreneurs. Le statut de Scop est totalement méconnu. C’est pourquoi nous avons ouvert un site internet pour les informer et les conseiller : jetransmetsamessalaries.fr. Ce site pose et répond de façon pédagogique aux questions de base.

Institut Sage : L’accès au financement est plus difficile pour une Scop ?

Patricia Lexcellent : Absolument pas. Mais cela suppose que l’équipe de repreneurs soit solide et que le business plan tienne la route. Car les salariés, généralement n’ont pas de liquidités. Mais la mobilisation collective est très souvent convaincante.

Institut Sage : Combien de transmissions réalisez-vous par an ?

Patricia Lexcellent : 25 transmissions en moyenne. Mais avec la campagne publicitaire que nous avons lancée, nous comptons bien les multiplier. Car les Scop ont une durée de vie plus longue : trois ans après leur création, 82% des Scop sont toujours en activité contre 66% pour les entreprises classiques.

Institut Sage : Quelle est la recette gagnante ?

Patricia Lexcellent : Les risques et les résultats de l’entreprise sont partagés. N’oublions pas, la principale caractéristique d’une Scop est d’être l’affaire de ceux qui y travaillent. En tant qu’associés majoritaires, les salariés coopérateurs participent aux choix stratégiques de l’entreprise lors des assemblées générales annuelles. Ils décident ensemble des grandes orientations de leur entreprise mais également du partage des bénéfices en vue de privilégier ceux qui y travaillent (participation, d’intéressement, dividendes…) mais aussi de garantir la pérennité de l’entreprise. La société coopérative de production se caractérise ainsi par un partage équitable du pouvoir et des résultats entre les associés-salariés. Il existe donc un principe de consolidation de l’entreprise.

Institut Sage : D’un point de vue affectif, il est facile de transmettre son entreprise ?

Patricia Lexcellent : Pour certains, c’est naturel. Et pour d’autres, ce processus n’est pas absolument pas dans leur schéma de réflexion. Les attitudes sont très variées.

Institut Sage : Quels sont vos conseils pour les futurs cédants et futurs coopérateurs ?

Patricia Lexcellent : La transmission doit se faire en douceur. Il ne faut négliger aucune étape. Et n’hésitez pas à contacter l’union régionale.

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