Le C.R.A. établit une passerelle entre cédants et repreneurs d’entreprises selon Jean-Pierre Robin

 Jean-Pierre Robin

Jean-Pierre Robin, responsable de la délégation de Paris du CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires)

Institut Sage : Jean-Pierre Robin vous êtes responsable de la délégation de Paris du CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires) est une association nationale à but non lucratif créée en 1985 qui vise à favoriser la cession et la transmission de TPE et PME. Qui sont ces entrepreneurs qui souhaitent céder leur entreprise ?

Jean-Pierre Robin : Le cédant est en général un retraité ou un futur retraité. Mais parfois certains entrepreneurs dont l’entreprise s’est développée au-delà de leurs compétences préfèrent la céder avant de la mettre en danger.

Institut Sage : A l’inverse, qui sont ces entrepreneurs qui souhaitent reprendre une entreprise ?

Jean-Pierre Robin : Les repreneurs ont en général un peu plus de 45 ans avec un niveau universitaire ou de grandes écoles. Très peu sont autodidactes et généralement, ils ont fait carrière dans un ou plusieurs grands groupes.

Institut Sage : Pourquoi souhaitent-ils reprendre ?

Jean-Pierre Robin : Parce que la politique pratiquée dans les grands groupes en use plus d’un, au point qu’ils ne peuvent plus supporter les contraintes.

Institut Sage : Existe –t-il la parité homme – femme dans les repreneurs ?

Jean-Pierre Robin : Les hommes sont majoritairement candidats à la reprise d’entreprise. Depuis sept ans que j’accompagne des repreneurs, je constate qu’il est toujours aussi difficile pour les femmes de passer à l’acte. La vie de famille l’emporte sur la vie professionnelle. Il est vrai que les trois premières années demandent un investissement de tous les moments.

Institut Sage : En matière de reprise d’entreprise, quel est le rôle du CRA ?

Jean-Pierre Robin : Nous recevons des hommes et des femmes qui ont, volontairement ou non, quitté leur entreprise, avec un objectif professionnel : être indépendant et devenir entrepreneur pour pouvoir être libre de leurs actions et agir pour le bien d’une équipe. Ces motivations reviennent très souvent. Tout comme l’envie de préparer leur avenir et celui de leurs enfants en se constituant un capital. Après avoir testé leurs motivations, nous validons ou non, leur candidature et leur profil d’entrepreneur. Il nous arrive souvent de conseiller aux postulants de rester dans le salariat ou de rejoindre un cabinet de conseils. Lorsque le profil est validé, nous préparons avec eux leur plan formation à la reprise d’entreprise. Cette phase est indispensable. L’entreprenariat ne se décrète pas. Nous avons créé une cellule CRA formation. Le principal stage qui regroupe une vingtaine d’entrepreneurs en herbe, dure trois semaines intensives. Ils peuvent alors dialoguer et se former auprès d’opérationnels de la transmission : avocats, comptables, experts… Un véritable sas entre l’univers de la grande entreprise et la petite TPE.

Institut Sage : Que se passe-t-il après cette période ?

Jean-Pierre Robin : Au-delà des trois semaines, les futurs repreneurs continuent de travailler ensemble en participant à des groupes de repreneurs autour de leurs projets. Ces ateliers sont animés par des délégués du CRA qui sont d’anciens dirigeants, ou des patrons d’entreprise. Nous apportons notre expérience d’entrepreneur et la réalité du terrain. Arrive le moment où chacun aura à définir son projet et faire cas de ses appétences. Il leur faudra choisir, alors, un métier, un secteur qui les motivent mais également pour lesquels ils ont des compétences et de l’expertise. Des qualités indispensables car le repreneur sera le turbo d’une entreprise qui marche déjà bien. La reprise d’entreprise est une opération gagnante – gagnante. Mais pour le choix et la définition du projet, le candidat doit également tenir compte du contexte économique. Nous avons des outils pratiques à la disposition des repreneurs. À la Bibliothèque nationale de France, le pôle réservé aux entreprises est très riche. Le CRA leur donne l’opportunité d’utiliser les moteurs DIANE et XERSI leur permettant d’avoir toutes les informations sur les entreprises ciblées. Quant aux cédants, ils s’inscrivent généralement sur le CRA pour passer une annonce. Cette plateforme permet de mettre en contact le cédant et le futur repreneur. Nous sommes des facilitateurs mais nous n’intervenons pas, le cédant, et lui seul, recrute son repreneur.

Institut Sage : Comment réussir cette passation ?

Jean-Pierre Robin : Pour qu’une reprise soit faite dans les meilleures conditions, il faut qu’elle soit accompagnée d’experts comptables, d’avocats et de conseils. Car le CRA intervient souvent qu’en phase finale.

Institut Sage : Comment un repreneur peut-il se financer ?

Jean-Pierre Robin : La première phase est l’élaboration d’un bon business plan. Ensuite, le financement se fait naturellement par les banques. Étant donné la frilosité des établissements bancaires ces temps-ci, il est inutile de présenter un mauvais dossier, rejeté d’office. Mais un repreneur soutenu par la CRA rassure les banquiers. Les prêts sont garantis par la Banque Publique d’Investissement (Bpifrance). Aux prêts bancaires peuvent s’ajouter des prêts d’honneur. Le réseau entrepreneur, par exemple peut apporter des fonds. Quant à l’apport du repreneur, il est au minimum de 150 000 euros y compris la love monnaie. Car la mise de fond est une contrepartie nécessaire pour les banques. Les repreneurs s’endettent sur sept ans. Mais n’oublions pas, les trois premières années sont les plus difficiles. Ce n’est pas une légende.

Institut Sage : Quels sont les enjeux ?

Jean-Pierre Robin : Le risque. On note de belles réussites et il existe de belles entreprises à reprendre. Mais les échecs existent car certaines entreprises ne sont pas transmissibles et dans d’autres dorment des cadavres dans les placards.

Institut Sage : Quels sont les conseils que vous donneriez aux repreneurs ?


Jean-Pierre Robin
: Ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. En d’autres termes, il est préférable de reprendre une entreprise plus petite pour conserver une capacité d’autofinancement. Autres conseils : ne pas s’y prendre au dernier moment.

Une reprise se prépare longtemps à l’avance. Un bon entrepreneur doit savoir tout faire et être surtout un très bon commercial. Enfin, il est indispensable d’avoir une vision à long terme, de bien animer son équipe, ses fournisseurs et ses clients. 

CRA

Et je ne le dirai jamais assez, il faut se former, même au sein de l’entreprise dans laquelle vous êtes salarié. 

C’est dans ce sens qu’une reprise se prépare.

Donnez votre avis sur cet article !

Vous avez envie de contribuer à la rédaction ? Soumettre un article