Lever des fonds signifie préserver l’avenir et l’indépendance de son entreprise

Robert de Vogüé

Robert de Vogüé, PDG d’ARKEON Finance

Institut Sage : Robert de Vogüé, PDG d’ARKEON Finance, vous disposez d’une vision d’ensemble dans le domaine de la finance. La place de Paris serait-elle fâchée avec les PME ?

Robert de Vogüé : Je n’emploierai pas ce terme. Mais je constate deux choses. Premièrement le poids dérisoire sur la place de Paris des sociétés cotées dont la capitalisation est inférieure à un milliard d’euros. En 2007, ces sociétés pesaient encore 7% de la capitalisation de la place. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 4,6% et il n’y a quasiment pas de mouvements boursiers pour la majorité des entreprises cotées. Deuxièmement la désaffection des investisseurs institutionnels pour ce type de valeurs est certaine. La perspective de la mise en application des directives Bâle III pour les banques et Solvency II pour les compagnies d’assurance a incité ces acteurs à céder leurs portefeuilles d’actions depuis deux ans.

Institut Sage : Cette démarche implique-t-elle que les actionnaires acceptent la dilution du capital de l’entreprise ?

Robert de Vogüé : Plus une entreprise prend de la valeur moins les actionnaires anciens sont dilués. Par ailleurs n’oublions pas que nombre de grands groupes français actuels ont aussi été des PME qui, introduites en bourse, sont devenues depuis des géants mondiaux. Tel est le cas de Carrefour, introduit en bourse en 1970, ou encore de Jacques Borel en 1972 devenu le groupe Accor et Endenred. L’impact des marchés financiers sur le développement d’une entreprise peut s’avérer décisif. S’adresser aux marchés financiers s’apparente à rouler sur une autoroute : il y a une station-service tous les quarante kilomètres. Hors de l’autoroute, c’est une autre histoire.

Institut Sage : Dans les années 70 le contexte économique était bien différent. Aujourd’hui la toile de fond économique n’est pas bonne et peut perdurer. Lever des fonds nécessite d’avoir des projets de développement. Que vous disent sur ce point les entreprises que vous rencontrez ?

Robert de Vogüé : Dans un contexte où la consommation des ménages, sur laquelle repose la croissance de nos pays développés, va baisser inexorablement en raison du viellissement des populations, la majorité de nos interlocuteurs ne dispose pas de projet d’investissement. Les chiffres d’affaires sont en baisse et l’accent est mis sur la préservation de la marge. Il faut toutefois nuancer ce tableau selon les secteurs. Par ailleurs en période de basses eaux, le besoin de trésorerie, pour continuer à vivre, voir à survivre, est très important. Financer une restructuration, une transformation, exige une trésorerie conséquente car ces opérations sont très coûteuses. D’autres sociétés continuent d’être offensives en tirant parti de toutes les opportunités qui se présentent pour réaliser des acquisitions. On peut aussi choisir de s’adapter à la crise par exemple en changeant de métier. Danone est, dans les années 70, passé du contenant, en l’occurence les récipients en verre, au contenu, avec des produits alimentaires. Alstom aussi a évolué. Les levées de fonds sur les marchés financiers peuvent donc s’avérer très utiles, même dans les périodes que nous connaissons, même si l’entreprise n’a pas de projet d’investissement à court terme. Il est préférable de se constituer une trésorerie abondante que de ne pas avoir de trésorerie du tout. Lever des fonds aujourd’hui, c’est préserver l’avenir et l’indépendance de son entreprise.

Institut Sage : Les investisseurs ne sont-ils pas toutefois un peu refroidis par le contexte économique en Europe et en France en particulier ?

Robert de Vogüé : Il faut distinguer l’univers économique et l’univers des marchés financiers. Il est possible de financer de belles entreprises dans des environnements économiques très difficiles. Les marchés financiers sont toujours partants pour financer tout ce qui a du potentiel. Aujourd’hui l’impression 3D, les véhicules autonomes, la robotique ou encore l’internet des objets, attirent les investisseurs. Je peux vous garantir que si une jeune société grecque, espagnole, italienne ou française trouvait un procédé révolutionnaire en matière de stockage de l’électricité, les investisseurs ne feraient pas grand cas de l’environnement économique de son pays d’origine. Ils achèteraient son business.

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