Les points clés à surveiller pour gérer l’écotaxe poids lourds

Issue des directives Eurovignettes et plus récemment du Grenelle de l’environnement, cette écotaxe poids lourds implique des enjeux économiques et business importants pour tous les transporteurs. En effet, applicable à tous les véhicules à partir de 3,5 tonnes et collectée sur 15 000 km de routes nationales et départementales, l’écotaxe devrait rapporter plus de 1,2 milliard d’euros en année pleine à l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) et aux  collectivités territoriales gestionnaires de voies taxées.

Dès lors, la gestion de l’écotaxe devient une composante clé dans l’activité des transporteurs, voire un levier concurrentiel non négligeable. Hélène Kerjean, Chef de marché Transport chez Sage, expose cinq points clés capitaux pour gérer au mieux cette nouvelle taxe.

1. Etre attentif aux calculs du coût d’écotaxe et de sa répercussion par taux forfaitaire

Les transporteurs seront les premiers impactés par l’application de l’écotaxe qui sera calculée en fonction de différents critères :

  • type de véhicule utilisé (norme euro et nombre d’essieu),
  • routes empruntées (dégressivité de 40% en Bretagne et de 25% dans le Sud-Ouest par rapport au reste du territoire).

Cette taxe kilométrique sera facturée par quinzaine de jours par les six sociétés habilitées de télépéage pour les abonnés ou par Ecomouv’ pour les non-abonnés. Les diverses estimations réalisées font état d’un coût au kilomètre de douze centimes d’euros en moyenne et d’une hausse de 5 à 10% des coûts du transport. Hélène Kerjean commente : « Quand on sait que les marges dans le métier sont autour de 2%, les transporteurs ont de quoi être inquiets ! ».

Les transporteurs ont demandé à pouvoir répercuter cette taxe auprès de leurs clients. Leur requête a bien été entendue et prise en compte par les deux gouvernements successifs, d’ailleurs cette répercussion devrait prochainement être simplifiée par l’application d’un taux forfaitaire national ou régional.

Toutefois, les modalités de calcul ne reposent pas sur les mêmes critères. L’écotaxe facturée au transporteur ne sera pas la même que l’écotaxe répercutée aux chargeurs. D’un côté, il y a un coût au kilomètre sur le voyage effectué (en fonction des kilomètres, du type de véhicule et des routes empruntées), de l’autre un taux forfaitaire appliqué, quels que soient les kilomètres réalisés, sur un ordre de transport.

« Donc, un transporteur qui fera un Lille-Marseille appliquera le même taux forfaitaire qu’un transport de Lille vers Paris. Dès lors, personne ne peut garantir que cette nouvelle taxe ne sera pas, pour partie, à la charge du transporteur puisqu’il y a une déconnexion complète entre le coût d’écotaxe et sa répercussion », indique Hélène Kerjean.

2. Anticiper le montant et les impacts de l’écotaxe au quotidien

« L’écotaxe va au-delà d’une taxe traditionnelle. De par ses modalités et ses impacts, c’est la gestion du transport dans son ensemble qui va devoir être repensée. Nous rentrons vraisemblablement dans une nouvelle ère qui va rendre désormais obligatoire le recours à des systèmes informatiques dédiés, y compris pour les TPE », souligne Hélène Kerjean.

L’exploitant ou le responsable d’exploitation transport va se retrouver au cœur du pilotage de l’activité, au quotidien. Dès la saisie de l’ordre de transport, il devra connaître le montant à répercuter auprès de son client. Pour ce faire, lorsqu’il organisera ses itinéraires à proprement parler, il devra anticiper les coûts d’écotaxe qui y sont liés en s’appuyant sur des outils cartographiques, afin de croiser les données : estimation du montant de la taxe due et calcul de la répercussion par ordre de transport.

Le chauffeur qui réalisera le trajet se devra de respecter les itinéraires choisis par l’exploitant. Dans le cas contraire, ce dernier devra à nouveau lancer une nouvelle simulation en fonction du trajet réellement effectué, pour estimer au mieux l’écotaxe à payer.

Le service facturation aura également un rôle non négligeable. En effet, plus l’écotaxe sera anticipée et moins les avances de trésorerie seront élevées. La simplification des modalités de répercussion permettra une meilleure anticipation. La loi pourrait rendre obligatoire cette répercussion, il sera donc indispensable de dissocier écotaxe et coût du transport dans la facture.

Enfin, la direction de l’entreprise de transport devra, au travers d’outils de pilotage, rassembler l’ensemble des informations pour mesurer les impacts réels de cette nouvelle règlementation et la stratégie à adopter.

3. Intégrer les données de l’écosystème transport 

« De nombreux acteurs de l’écosystème transport s’attellent à fournir des solutions écotaxe. Malheureusement, du fait de la complexité du sujet, les transporteurs ne comprennent pas toujours les différences et les frontières entre chaque service proposé », explique Hélène Kerjean.

Essentielle, la cartographie professionnelle intégrant le réseau « écotaxé » permettra de réaliser des simulations de parcours et les coûts associés afin de choisir le trajet le plus adapté en fonction de diverses contraintes (temps, coût, kilométrage, CO2).

Acteurs clés du système, les sociétés habilitées de télépéage fourniront un boitier géolocalisé obligatoire pour chaque camion. Les données ainsi recueillies seront les seules prises en compte par Ecomouv’ pour calculer le montant de la taxe due par le transporteur. L’informatique embarquée permettra également de géolocaliser les véhicules en fonction d’un ordre de mission donné, il sera donc possible de connaître le trajet réellement effectué sur un voyage précis. De leur côté, les éditeurs de TMS seront à même de calculer et de facturer la répercussion de l’écotaxe en fonction des ordres de transport saisie.

4. S’équiper d’un TMS

« Chaque acteur de l’écosystème transport des Sociétés Habilitées de Télépéage (SHT), éditeurs cartographiques, informatique embarquée, éditeurs de progiciel) détient une part de la réponse à la problématique écotaxe, mais seul un TMS permettra une gestion efficace et complète : de l’anticipation des coûts à la facturation », précise Hélène Kerjean.

L’interconnexion et les liens avec l’ensemble de l’écosystème sont indispensables et ne pourront se faire qu’au travers d’un TMS afin :

  • d’intégrer des outils cartographiques pour simuler les montants sans aucune ressaisie,
  • de calculer les montants à répercuter  par anticipation,
  • de rapprocher l’écotaxe due de l’écotaxe à refacturer,
  • de faire des appels directement depuis le TMS aux bourses de fret pour optimiser son chargement,
  • de récupérer les données géo-localisées du trajet effectivement réalisé afin de connaître de manière plus précise encore le montant d’écotaxe dû,
  • de facturer les prestations de transport.

De plus, l’automatisation des données, des calculs mais aussi l’intégration de ces solutions au sein même du système informatique de gestion globale vont indéniablement faire gagner du temps sur les tâches quotidiennes, en évitant notamment les doubles, voire triple saisies d’une même information.

« Le défi à relever en 2013 va au-delà de la seule intégration de l’écotaxe dans la gestion quotidienne du transport », conclut Hélène Kerjean. « Rendu obligatoire à partir d’octobre 2013, l’affichage CO2 s’annonce déjà comme un système compliqué à mettre en place du fait des nombreuses variables à prendre en compte. Les nouvelles règlementations vont continuer à s’accélérer dans le domaine du transport et l’écotaxe n’est sans doute que le début d’une longue série. La nécessité d’uniformiser les politiques européennes de transport va vraisemblablement donner jour à une nouvelle génération de règlementations. L’automatisation, l’intégration des données de l’écosystème transport sont deux axes majeurs pour faire face aux enjeux règlementaires de demain. Nous devons d’ores et déjà nous y préparer. »

Donnez votre avis sur cet article !

Vous avez envie de contribuer à la rédaction ? Soumettre un article