Recrutement en France : une situation tendue sur les ingénieurs

Malgré un contexte économique des plus incertains, les entreprises affichent des prévisions d’embauches en progression. Les leçons de la crise de 2008 ont été tirées. Mais sur certains profils très qualifiés et dans des secteurs comme l’informatique, les difficultés de recrutement sont patentes.

Pôle Emploi ne fait pas que comptabiliser et indemniser les demandeurs d’emploi.  L’organisme  mesure également les besoins en main-d’œuvre des différents secteurs économiques en France. Initiative conjointe avec le Credoc, une enquête* est menée à l’échelle nationale sur les intentions de recrutement des employeurs pour l’année à venir. Elle a pour but de mieux connaître le marché du travail en anticipant les difficultés de recrutement, en améliorant l’orientation des demandeurs d’emploi vers des formations ou des métiers en adéquation avec les besoins du marché du travail et en informant les demandeurs d’emploi sur l’évolution de leur marché du travail et les métiers porteurs.

Le premier enseignement de l’édition 2012 de l’enquête BMO (besoins en main-d’œuvre), est le nombre de recrutement en hausse : « Les prévisions d’embauche exprimées par les employeurs progressent de 4,3 % en 2012 pour s’établir à 1 608 700 projets, répartis dans les 386 bassins d’emplois français (métropole et DOM). Ce sont ainsi 66 300 projets d’embauche supplémentaires qui sont comptabilisés cette année. En 2012, la part des établissements recruteurs recule légèrement pour atteindre 17,7 % de l’ensemble des établissements contre 18 % en 2011. Néanmoins, avec des besoins en main-d’œuvre annoncés qui augmentent, les établissements recruteurs se révèlent à nouveau plus dynamiques que les années précédentes. » Plus d’un tiers des sondés  anticipe en effet un surcroît d’activité les poussant à recruter dès le premier semestre 2012. En revanche, ceux qui ne recruteront pas cette année expliquent cette position par la taille suffisante atteinte par leur entreprise ou une conjoncture économique défavorable.

Deuxième enseignement : le dynamisme de demande du marché de l’emploi pour les profils très qualifiés. Ainsi, le nombre de projets de recrutements concernant les ingénieurs et cadres a augmenté de 3,4 % en un an. Cadres administratifs, comptables et financiers (hors juristes), ingénieurs et cadres technico-commerciaux, cadres commerciaux, acheteurs et cadres de la mercatique font notamment l’objet d’une forte demande. Côté secteur, l’industrie, le BTP et l’informatique sont à la recherche d’ingénieurs et de cadres. Le secteur de l’informatique se détache puisque, parmi les 10 métiers les plus recherchés en France, on retrouve les ingénieurs, cadres études et R&D informatique ainsi que les responsables informatiques.

Répartition du nombre de projets de recrutement suivant le niveau de qualification des postes.  Source : Enquête Besoins en Main d’Œuvre 2012, Pôle Emploi.

Observatoire

Conséquence de cette demande – c’est le troisième enseignement de l’enquête – une tension sur le marché du recrutement pour ces profils. Comme le note Pôle Emploi dans son enquête : « Du point de vue des employeurs, 42,6 % des prévisions d’embauche sont assorties de difficultés de recrutement. La part des projets jugés difficiles s’élève avec le niveau de qualification des postes : 47 % pour les ingénieurs et cadres contre 37 % pour les manœuvres et ouvriers non qualifiés. » Là encore, l’informatique se distingue : parmi les 10 métiers avec les plus fortes difficultés de recrutement, les ingénieurs, cadres et responsables du secteur arrivent en seconde position. 62,3% des projets de recrutement y sont en effet jugés difficiles.

Or, pour 58% des entreprises françaises, les nouvelles technologies constituent l’un des domaines où les besoins de renforcement en compétences sont les plus importants selon l’enquête de Pôle Emploi. Une autre enquête conduite, cette fois, par l’Observatoire International des Métiers Internet** apporte un éclairage complémentaire.  Sur le plan technique, la formation dans les métiers de l’Internet, est d’une qualité correcte, par contre un important déficit est constaté par les chefs d’entreprise sur les compétences transversales. En effet, les métiers de l’Internet sont des métiers de communication, utilisant des outils techniques ; or, la formation est principalement concentrée sur les aspects techniques. Les chefs d’entreprise pointent comme manques principaux, des compétences telles que : savoir s’adapter aux besoins des clients, assurer la cohérence avec la stratégie de l’entreprise, l’aptitude aux relations interpersonnelles ou encore le travail en équipe.

Ces compétences sont particulièrement décisives dans un processus de recrutement et sont souvent peu travaillées dans les formations. L’Observatoire International des Métiers de l’Internet invite les organismes de formation (publics et privés) à porter une attention particulière à ces compétences car ce sont elles qui permettent de décrocher un emploi (et de le garder). Par ailleurs, l’Observatoire publie les profils de fonction – qui ont été évalués par des professionnels – pour une dizaine de métiers, ainsi que des recommandations pour les organismes de formation.

* Chaque année, Pôle emploi adresse un questionnaire à près de 1,7 million d’établissements afin de connaître leurs besoins en recrutement par secteur d’activité et par bassin d’emploi.

** Cette structure, composée d’organismes européens (Universités publiques, hautes écoles, organismes de formation publics et privés, associations professionnelles nationales et régionales etc.), se fédère autour d’EMF Forum e-Excellence, basé à Bruxelles. Plus de 7 500 entreprises sont adhérentes directement ou au travers d’organisations membres.

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